‹ La Chanson de RolandChapitre 49 sur 68 · ROLAND PRET A MOURIR, ET LE SARRASIN QUI FAIT LE MORT · texte numérisé non relu

ROLAND PRET A MOURIR, ET LE SARRASIN QUI FAIT LE MORT

Roland sent bien qu'il \a mourir lui-même, car son cerveau lui sort par les oreilles.

Al jointes mains il prie Dieu pour ses pairs, et le supplie de les prendre en sa gloire.

Il songe ensuite à sa propre personne, et fait prière à l'ange Gabriel de l'assister près du père céleste.

Après, voulant demeurer sans reproche, de la main gauche il prend son olifant; de la main droite il prend sa Durandal; marche plus loin que la portée d'un arc; entre en Espagne, et va dans un guéret, gravir un tertre où sont, sous deux beaux arbres, quatre perrons qui de marbre sont faits.

Près d'un perron il tombe à la renverse...

Yoilà Roland gisant sur l'herbe verte. Il s'est

pâmé : la mort est là qui vi^nt.

Hauts sont les monts, et très hauts sont les arbres. Le long du sol luisent quatre perrons ; et tout "iuprès de ces perrons de marbre, le comte gît, pâmé sur l'herbe verte.

Un Sarrasin est là qui le regarde, faisant le mon, couché sous des cadavres, souillé de sang au corps et au visage.

Debout soudain, il se dresse, il accourt; et beau, et fort, tout bouillant de courage, ivre d'orgueil et de mortelle rage, il met la main sur Roland, corps et armes :

— « Vaincu, crie-t-il, le neveu du roi Charle! Et cette épée ira en Arabie. »

'Mais aussitôt qu'il touche à Durandal, voici Roland qui reprend connaissance.

Roland sent bien qu'on lui prend son épée... Il ouvre l'œil et ne dit que ce mot :

a A mon escient, tu n'es pas un des nôtres. »

1. Le manuscrit de Venise ajoute que le païen prend en son poing IVpée et tire la barbe à Koland.

Pri!<t ella in ses pungs; a Rollnnt lir.i sa barbe.

Mais j'ai cru devoir ici m'en tenir au texte d'CxTord.

A\ec son cor qu'il entendait garder, il fend le casque au cimier d'or gemmé, brise l'armure et la tête et les os, et fait jaillir les deux yeux du païen; puis, raide mort, à ses pieds, le retourne, en lui disant :

« Drôle, tu osas trop.

» Toi, me toucher à tort ou à raison!

» Qui le saura te tiendra pour un fou...

» Ah! j'ai fendu le pavillon du cor; l'or, les cristaux en sont tombés à terre... »

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