‹ La Chanson de RolandChapitre 55 sur 68 · Gefroid d'Anjou porlel l'orio flambe · texte numérisé non relu

Gefroid d'Anjou porlel l'orio flambe

Scint Piero fut, si avoil niim Komnine, Mais de Munjoie iloec oui pris esulianpe.

Le vers S'nnt Piere fut, si aveit num linmahn;, a paru très >:ni?malique; et c'est en le supprimant que muiiils Rulaiidislcs, rajeuDisseiirs un traducteurs, ont tranché la diniculté.

A Siiint-Jc;in-de-Lalran, à Rome, sp trouvent deux t'-ès curieuses uiosiei)ucs remuntaol au neuvième sièrie, et iinal la restauration, parail-il, a été faite d'après des reiirodnclinus anciennes, nolanimiiul d'après un dessin colorié conservé à la bihiiollièqne du V;itican.

Une mosaïque représente saint I»ierre remellani un élendard vert à CIi:m lemai^ne qui, en même temps que le jiape l,éi>n III, est prosterné devant l'apôlre; et au-dessous on II! ces umIs en lalin : « 0 bienheureux l'ierre, donne vie au uape Léon; d.»nue victoire au roi

2oo.

La grande armée comprend dans ses dix corps, groupés selon le pays et la race :

Charle ». L'autre mosaïque représente le Christ remettant à Charlemagne un étendard rouge.

La bannière verte est l'étendard de la ville des Papes; la bannière rouge est l'étendard de l'empire de Chailemagne.

Pour l'auteur de Roland, semble- t-il, les deux bannières n'en font qu'une, qui s'appelait d'abord Romaine, et qui, à partir de la grande bataille de Saragosse qu'il raconte, prit le nom de Monjoie, conforme au cri Monjoie dont on a vu l'explication au couplet 218.

Un fait certain, c'est que, dès la fin du onzième siècle, il s'était établi une tradition rattachant l'oriflamme cnpétienne à l'oriflamme carlovingienne, quoiqu'il n'y ait rien de commun entre la rouge bannière de l'Empire et l'étendard rouge que nos anciens rois allaient recevoir des mains de l'abbé du monastère Saint-Denis, quand ils partaient pour la guerre.

M. Marius Sepet a expliqué le cri de guerre Montjoie, entendu selon l'orthographe ordinaire, par l'histoire delà bannière romaine, au moyen de conjectures ingénieuses dont voici une esquisse sommaire.

La bannière de Cbarlemagne lui aurait été solennellement remise par le pape Léon 111 sur la colline du Vatican. Or, cette colline était appelée Montjoie [Mont de la Joie), parce que c'est par cette colline que, sons les Césars, les empereurs faisaient à liome leurs entrées triomphales, et que, sous les papes, les pèlerins joyeux apercevaient pour la première fois la basilique des apôtres. Pour perpétuer à jamais la mémoire de la cérémonie et du lieu de sa célébration, le nom de Montjoie fut donné à la bannière romaine que reçut Charlemagne: et le cri « Montjoie! » fut adopté par les Français.

Plus tard, quand fut arborée l'oriflamme de Saint-Denis, on adopta comme de raison le cri « Saint-Denis! » mais sans renoncer au

Des bavarois, soldats de fière mine, fermes au poste et guerroyant en braves, que l'empereur aime par-dessus tous, mais moins pourtant que Sf.'S hommes de France, les conquérants de tant de beaux royaumes ;

Des Allemands, bien montés, bien armés, prôts à mourir plutôt que reculer;

De blonds Normands, aux beaux chevaux rapides, se tenant bien sur le champ de bataille, où ils mourront mais ne se rendront pas; car il n'est point de race plus guerrière ;

De forts Bretons, qui, gonfanons au vent, ont à cheval tout l'air de vrais barons;

Des Poitevins, des enfants de l'Auvergne, aux bons chevaux et aux belles armures;

De roux Flamands, de solides Frisons, qu'on ne verra jamais tourner le dos;

Des Bourguignons et des Lorrains qui portent de forts épieux dont le bois est très court; et qui

vieux cri Montjoic! De là le cri « Montjoie Sainl-Denis ! » qui a si longtemps retenti sur nos cbaoïps de bataille.

(Lire, outre le Drapeau de la France de M. Marius Sepel, le curieux et savant ouvrage de M. Gustave Desjardins : Recherches sur les drapeaux fram-ais. M. Gustave Desjardius a nolamment émis des doutes très motivés sur rexacliliide des inscriptions de la mosaïque qui contient ronllamme de Charlemagnc. Peut-être serat-il amené à étendre plus loin ses doutes.)

bientôt donneront de fiers coups, tels qu'on verra les païens confondus, s'ils ont le cœur d'affronter pareils preux ;

Des barons Francs de haute contenance, de corps gaillard et d'âme valeureuse, qui au combat feront riche besogne.

Charle debout, dans le val, sur un tertre, vers l'horizon étendant sa main droite, leur donne à tous sa bénédiction.

Ils crient : «jMonjoie! Bataille! La bataille! w

Sur le gazon l'empereur se prosterne; tourne srs yeux vers le soleil levant, et dit à Dieu du plus profond du cœur :

a. Sois ma défense, ô Dieu, notre vrai père; toi qui sauvas Jonas de la baleine ; les trois enfants du feu de la fournaise; et Daniel de la dent des lions, qui dans la fosse allaient le dévorer!

» Que ton amour sur moi veille aujourd'hui ; et fais de nous les vengeurs de Roland ! »

Ainsi prie-t-il; ensuite il se relève; fait sur son front un grand signe de croix; d'un bond rapide enfourche son cheval dont l'étrier était tenu par Naime; et, lance au poing, le corps noble et gail-

lard, le front serein, l'œil brillant d'assurance, devant les siens fièrement il galope.

De-ci, de-là, lus clairons retentissent.

Plus haut qu'eux tous, le cor de Roland sonne; et les Français touchés pleurent Roland.

Très noblement chevauche l'empereur, sur son haubert faisant flotter sa barbe.

Ses chevaliers, qui tous l'aiment, l'imitent.

Ils ont passé ces grands monts, ces hauls rocs, ces vaux profonds, ces défilés horribles. Les voilà hors du ténébreux désert, et engagés dans la marche d'Espagne...

Ils y fout halte au milieu d'une plaine.

ÉMIR CONTRE EMPEREUU

Ses éclaireurs ayant rejoint l'émir, un d'eux lui dit :

« Notre message est fait. Nous avons vu cd orgueilleux roi Charle. Fiers sont ses gens. Pas danger qu'ils lui faillent. Donc, armez-vous; car la bataille est proche. »

— « Pour les vaillants c'est là bonnes nouvelles, dit Baligant. Que tout le monde s'arme! Sonne/., clairons; annoncez la bataille. »

Parmi le bruit de? tambours, des trompettes, l'émir revêt son haubert et son heaume ; et à sa gauche il ceint sa bonne épée, que de Joyeuse il prétend la rivale et qu'il a fait appeler Précieuse.

Son large écu doré lui pend au cou; dans sa main droite est son énorme lance, dont le fer seul chargerait un mulet, et dont le bois semble être une massue.

Le brave émir a le corps fait au moule, le buste

fort, l'enfuurchure très grande, les flancs étroits, les épaules très larges, le regard clair, les cheveux tout bouclés, la mine fièrc, et la barbe aussi blanche que les grands lis aux beaux jours de l'été.

11 a autant de sagesse et vertu qu'en peut avoir qui suit la loi païenne.

Quant au courage, il en a fait la preuve, en mille endroits, sur maints champs de bataille.

Dieu! quel baron, s'il eût été chrétien!

Si fortement il pique son cheval, que de ses flancs le sang clair a jailli.

Dans son galop il franchit un fossé qui avait bien cinquante pieds de large.

— « En voilà un qui nous défendra bien ! crient les païens. Que les Français s'y frottent! Bon gré, mal gré, ils y perdront la vie. Charle est un fou de n'être point parti. »

L'émir avait pour fils un chevalier qui, grand et fort, montrait par son cœur fier qu'un noble sang lui coulait dans les veines.

Ce vaillant preux était nommé Malprime.

— « Sire, dit-il, chevauchons! En avant! N'allons-nous pas voir bientôt Chaj-lcmagne? »

— c( Tu le verras; car c'est un grand guerrier, dit Baligant; et, dans maintes histoires, il est parlé de lui avec honneur.

» Mais il n'a plus l'aide de son neveu; et contre nous il ne pourra tenir.

, » Mort est Roland qui fut si bon vassal; mort Olivier, le preux et le courtois; morts tous ces pairs, les bien-aimés de Charle; morts avec eux vingt mille hommes de France.

» Aussi nombreux soient les gens qui lui restent, j'en fais peu cas : ils plieront comme un gant...

» Oui, Charle vient avec dix corps d'armée. Mon messager, le Syrien, l'a vu; et, tout courant, est venu m'aviser.

» Brave est le preux qui fait sonner le cor qu'avait Roland quand il était en vie ; brave est aussi le preux qui, près de lui, marche en faisant .retentir la trompette.

» Tu les verras en tête de l'armée, les deux premiers, chevauchant côte à côte.

» Derrière eux sont quinze mille Français, tous jouvenceaux, que- Charle nomme enfants. Ils

sont suivis par autres quinze mille, qui fièrement frapperont sur les nôtres. »

Malprime alors : « Honorez votre fils, en le laissant frapper le premier coup. »

— « Beau fils, que peut te refuser un père? dit Baligant. J'accède à ton désir.

» Donc, emmenant Torleu, le roi de Perse, et Dapamort, le puissant roi des Wilzcs, fais le premier assaut contre les Francs; et puisses-tu mater leur grand orgueil!

» Reviens vainqueur; tu auras beau salaire. Je te promets un pan de mon royaume : tout le pays qu'avait le roi Fleuri. »

Son fils se voit par avance investi...

— « Merci! » dit-il... Pourtant, ce qui l'attend, c'est le tombeau, non pas l'investiture.

Tous les païens se sont armés en hâte.

Ils se disaient :

« Entendez-vous ce son, qui vient de loin et nu loin se prolonge? C'est l'olifant; c'»'St le cor de Holand...

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