I. Couplet formé d'aprî-s divers IcxIps
» Dieux, accordez à l'émir la victoire! Que Baligant rende muet ce cor, qui toujours sonne, et sonne et sonne encore! »
L'émir chevauche à travers son armée où sont Persans, Esclavons, Prussiens, Russes, Hongrois, Thraces, Nègres, Avares, Chananéens, Maures et Nubiens, gens d'Arménie et gens de Jéricho.
Au premier rang sont ceux de Dutentrot, pays d'où fut Judas qui vendit Dieu\
Là sont aussi les géants de Malprouse ; les Milcenins qui ont si grosse tête, et dont l'échiné est couverte de poils, rudes et longs comme la soie du porc: les Turcs; les lluns; les barbus de Yal-
1. Dans le lexte d"Oxford, Butentrot est nommé sans qu'il soil fait mention de Jadas. Mais celle mention se trouve dans les deux manuscrits de Venise, ainsi que dans le manuscrit de Versailles et dans le manuscrit de Paris.
Le second manuscrit de Venise, le manuscrit de Versailles et le manuscrit de Paris remplacent Butentrot |)ar Boteroz ou Bulancov.
A propos de Butentrot, M. Paul Meyer rappelle les récits qui portent que, pendant la première croisade, Tancrède traversa fa ville de Buolentrot en Cappadoce, et franchit une porte qu'on appelait Judas; Petit de Julleville se demande s"il ne s'agit pas de Bulrinlo en Epire; Théodore MûUer constate que cette appelialion pourrait aussi désigner ane antique cité de l'Ile de Corfou, que d'anciennes chroniques anglaises mentionnent en ces termes : « Vieille place déserte, appelée Butesloc, où naquit le traître Judas. »
fonde, race toujours grande ennemie de Dieii; les cavaliers de Baldise la Longue; les forts guerriers d'Occiant la déserte, gens dont le cuir est dur comme le fer et leur tient lieu de haubert et de heaume, tous mécréants perfides et féroces.
L'émir chevauche avec très fière allure.
Derrière lui est son fils, vrai géant, suivi drs rois Torleu et Dapamort.
Devant ses pas Baligant fait porter le fier dragon, enseigne des païens; puis l'étendard ïervagant et Mahom; puis un portrait d'Apollon le félon'.
Dix mécréants, hideux Chananéens, vont chevauchant autour de ces idoles.
Ces sermonneurs crient d'une voix très haute :
« Quiconque veut être aidé par nos dieux les prie et serve avec humilité! »
Et les païens de courber bas la tète et d'incliner leurs heaumes éclatants...
— « Par Mahomet, dit l'émir, Charlemagne est vraiment fou d'oser nous affronter, quand noire
E Testendart Tervagan e Mahum E UDC ymagene Apollio le felun.
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armée compte trente colonnes dont la plus faible a cinquante mille hommes.
» Vous trois, Torleu, Dapamort et Malprime, vous marcherezsur le front de l'armée et conduirez ces vingt-sept colonnes.
» Je n'en retiens que trois, mais les meilleures. Je les mettrai aux prises avec Charle et les barons qui lui feront cortège.
» Qu'il vienne donc! Qu'il se mesure à moi, corps contre corps! Et ses Francs, je le jure, verront tomber sa tête de son buste. »
LA DOUBLE APPROCDB 2C7.
Fiers de maintien, les Francs ont aperçu l'immense armée de l'émir Baligant, dont les soldats chevauchent en vrais preux, tambours battant et li'ompeltes sonnant.
A. ce spectacle, ils crient : « Mort aux païens! Gloutons, soyez aujourd'hui confondus!... Vive le roi! Dieu sauve Charlemagne; et que son nom nous mène à la victoire! »
Les deux armées sont brillantes, superbes.
Ni bois, ni monts entre les combattants. Rien ne les peut cacher les uns aux autres : ils se voient bien des deux bouts de la plaine.
Près de l'émir marche Orfroie d'Oluferne, qui des païens porte la haute enseigne.
Baligant crie : « Allons, ma gent païenne! Chevauchez tous; courez à la bataille! »
Tout retentit d'un grand cri : « Précieuse! » Et les Français répondent par : « Monjoie!... »
L'empereur-roi fait sonner ses clairons, et l'olifant, qui plus qu'eux tous résonne.
— « La belle armée! se disent les païens. A.h! nous aurons forte et rude bataille ! »
Grande est la plaine et large la contrée...
Et de partout les heaumes resplendissent, tout recouverts d'or et de pierreries; et de partout les écus étincellent; et de partout les gonfanons s'agitent; et l'on entend le son clair des trompettes et les très longs appels de l'olifant.
Baligant voit chevaucher l'empereur, tout entouré de chevaliers barbus dont les longs poils sur leurs hauberts s'étalent, tout blancs, ainsi que neige sur gelée.
— « Voyez l'orgueil de France la louée, dit le païen à Canabeu son frère. Comme ce Charle avec fierté chevauche! Et quel grand air ont ses barons barbus! Ils frapperont de rudes coups d'épée..^ La mêlée va être ardente et terrible. »
Alors il prend fièrement les devants; et, de plus loin que le jet d'un bâton, marche en avant du premier rang des siens.
— « Venez, crie-t-il, je vous montre la roule! » Et, brandissant le long bois de sa lance, vers
€harleniagne il en tourne le fer.
Charle le grand voit l'émir, le dragon, et tout ce flot de païens dont la foule, de-ci, de-là, inonde la contrée.
Ferme, intrépide, il crie à pleine voix :
« Barons français, vous êtes bons soldats; rappelez-vous vos anciennes victoires, et courez sus à ces lâches païens : toute leur loi ne vaut pas un denier.
» Ils sont nombreux... Eh bien, seigneurs, qu'importe?...
» Qui veut marcher, suive son empereur! »
— K Ah! brave roi, répondent les Français, aucun de nous ne vous fera défaut. »
Et Tencendur tout fier fait quatre sauts; et l'on chevauche en dévorant l'espace.