LA BELLE AUDE
L'empereur Charle est rentré de l'Espagne ; il
vient à kix, le meilleur lieu de France ; monte au
palais, et entre dans la salle.
Alors vers lui s'avance Aude la belle : « Où est Roland, Roland le capitaine, qui m'a juré de me prendre pour femme? »
Charle en est plein de douleur et d'angoisse ; pleure des yeux, tire sa barbe blanche.
— « Sœur, chère amie, tu demandes nouvelles d'un homme mort, dit-il; mais va, belle Aude, je saurai bien te remplacer Roland.
» A toi Louis, je ne te puis mieux dire ; Louis, mon fils, qui tiendra mes États. »
Aude répond :
« Ce propos m'est étrange.
y) Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges, que. Roland mort, je reste encor vivante. »
Elle pâlit et tombe aux pieds de Charle. La voilà morte. A Dieu aille son âme!
Lls barons francs en pleurent et la plaignent.
Aude la belle est allée à sa fin.
Mais Charle croit qu'elle n'est que pâmée. Pris de pitié, il répand force larmes; lui prend les mains et la remet debout...
Sa tête, hélas! retombe sur l'épaule.
Aude est bien morte...
L'KXPIATION. 327
Et Charle qui le voit, autour du corps mande quatre comtesses.
Elle est portée en un moutier de nonnes.
Toute la nuit, jusqu'au jour on la veille ; puis, sous l'autel, bellement on l'enterre.
Moult grand honneur lui fut rendu par Charle *.
i. On remarquera comme un écho de la mort de la belle Aude dans les poèmes bretons et anglo-normands sur Tristan et Yseult au douzième siècle :
Tristan n'est plus. YseuU s'écrie :
« Doux a7ni, quand je vous vois mort, — Je n'ai droit ni pouvoir de vivre...
» Ni vous sans moi; ni moi sans vous! >
Auprès de lui elle se met; — elle l'embrasse et puis s'étend; — et aussitôt elle rend l'âme...
Gens, priez pour la blonde Yseult.
328 LA CHANSON Dli ROLAND.