GRACE POUR GANELON
Gane, aussitôt son procès commencé, a rassemblé trente de ses parents.
Il en est un que les autres écoutent; c'est Pinabel, du château de Sorence : il parle bien et par droites raisons; puis, bon guerrier, fait respecter ses armes.
Gane lui dit :
« Je me confie à vous. Arrachez-moi à la mort, à la honte. »
Lors Pinabel :
« Oui, vous resterez sauf.
» Je suis votre homme; et s'il est un Français, qui contre vous demande la potence, que l'empereur nous mette ensemble aux champs!
» L'épée au poing, je le démentirai. »
Le comte Gane à ses piçds lui rend grâce.
A.U conseil sont Saxons et Bavarois; nombreux
Teutons et nombreux Allemands; Français, Normands, Poitevins, Bourguignons.
Les Auvergnats sont les mieux disposés; et Pinabel les trouve favorables.
L'un dit à l'autre :
« Il faut en rester là...
» Trêve au procès! Faisons prière au roi que, cette fois, il fasse grâce à Gane, prêt à servir avec foi et amour.
» Roland est mort : on ne le verra pius... Argent ni or ne sauraient nous le rendre.
>' Fou qui voudrait l'épreuve du combat. »
Et tous de dire : « Eh bien! nous l'accordons. »
Tous, hors Thierri, frère du duc Geoffroy.
Vers l'empereur s'en viennent ses barons.
— « Roi, disent-ils, nous venons vous prier de décider que Ganelon soit quitte, et puisse ainsi, avec foi et amour, comme jadis servir son empereur.
» Laissez-le vivre : il est homme si noble!
» Roland est mort, on ne le verra plus; tous les trésors ne sauraient nous le rendre. »
Le roi leur dit : « Vous êtes tous félons! »