‹ La Chanson de RolandChapitre 64 sur 68 · THIERRI, LE TENANT DE CHARLEMAGNE, ET PINABEL, LE TENANT DE GANELON · texte numérisé non relu

THIERRI, LE TENANT DE CHARLEMAGNE, ET PINABEL, LE TENANT DE GANELON

Le roi, voyant que tous lui font défaut, baisse la tête... et sombre est son visage.

— « Ah! s'écrie-t-il, je suis bien malheureux ! »

Mais devant lui s'en vient un chevalier, Thierri d'Anjou, frère du duc Geoffroy.

Il a le corps maigre, frêle, allongé; les cheveux noirs et le visage brun. Sa taille n'est ni grande ni petite.

Courtoisement il dit à l'empereur :

« Beau sire roi, ne vous tourmentez pas...

» Vous le savez; je vous ai bien servi.

» Je siège ici du droit de mes ancêtres.

» Eh bien, je dis : Quelle que soit la faute, dont Ganelon à Roland fait reproche, votre intérêt devait sauver Roland,

» N'était-il pas homme à votre service?

r> Qui l'a perdu a fait oeuvre de traître... Gane est un traître, et de plus un parjure.

» Cela étant, je le condamne à mort.

» De félonie atteint et convaincu, qu'il soit pendu et que les chiens le mangent!

» S'il est quelqu'un des siens qui me démente, la bonne épée qui pend à ma ceinture va soutenir l'arrêt que je prononce. »

— « C'est bien parlé, Thierri », disent les Francs.

Lors Pinabel devant le roi s'avance.

Grand, fort, agile, on voit que c'est un brave^ sachant tuer son homme au premier coup.

Il dit au roi :

« Sire, le plaid est vôtre. Préservez-le des noises et du bruit.

» Voici Thierri qui a dit son arrêt : je dis qu'il ment, et prétends le combattre. »

En même temps, au poing droit de Thierri, Pinabel met le gant en peau de cerf.

— « Bien! dit le roi. Mais je veux bons otages. »

Trente parents s'offrent pour caution.

L'empereur dit : « J'accepte. » Et il prescrit qu'ils soient gardés tant que voudra justice.

Quand Thierri voit que le combat est proche, il offre au roi le gant de sa main droite.

Le roi répond de Thierri par otages, et fait porter quatre bancs sur la place.

Là vont s'asseoir ceux qui doivent combattre.

Chacun approuve; et tout se passe en règle, sous les regards d'Ogier, juge du camp...

Les champions, Pinabel et Thierri, ont demandé leurs chevaux et leurs armes.

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