LE SUPPLICE DE GANELON ET DE SES TRENTE PARENTS
Charle a mandé ses comtes et ses ducs :
« Qu'opinez-vous sur ceux que j'ai gardés?
Pour Ganelon ils sont venus au plaid ; pour Pinabel
ils se sont faits otages. »
— « Qu'ils meurent tous! » répondent les Français...
Le roi commande un sien viguier, Basbrun, exécuteur de sa haute justice :
« Va, qu'ils soient tous au bois maudit pendus!
» Par cette barbe aux poils blancs et chenus, si un s'échappe, on te pend; tu es mort. »
— « Ne craignez point : qu'ai-je autre chose à faire? » dit le viguier.
Aidé de cent valets, Basbrun les prend et les mène de force.
Bientôt après, les trente .-Liit pendus... Le traître ainsi se perd et perd autrui.
L'accord est fait. Les juges Bavarois, les Poite-
vins, les Bretons, les Normands, les Allemands et surtout les Français, tous sont d'avis qu'il faut que Gane meure, dans des tourments sortant de l'ordinaire.
On fait venir quatre forts destriers, auxquels on lie Ganelon pieds et mains.
Ces étalons, emportés et agiles, sont fouettés par quatre valets d'armes et sont lancés devers une cavale, qu'on a placée au beau milieu d'un champ...
Ganelon souffre un terrible tourment : membres et nerfs sont tirés sans mesure ; de tout son corps la charpente est rompue ; et son sang clair inonde l'herbe verte...
Le voilà mort en félon avéré.
C'est le bon droit qu'un traître ait court triomphe*.
1. Une tradition -veut que Ganelon ait été le seigneur de Montigny, gros bourg fortifié du temps jadis, situé à deux lieues de Châteaudun et tout voisin de Cloyes. On l'appelait Montigny-le- Gannlon.
Dès le moyen Sge, il y avait de fréquents combats à coups de fronde entre les enfants deMontigny et les enfants de Cloyes. Ceuxci abordaient la lutte en criant :
Sus à Montigny-le-Ganelon
D'où est partie la grande trahison
Au château de Montigny-le-Ganelon on vous montre une porte appelée âe temps immémorial la porte de Roland.
Mais Ganelon n'él:iit-il pas un Allemand? C'est l'opinion de quelques historiens, iiarmi lesquels Michelet.
De fait, dans des poèmes postérieurs à la Chanson de Roland, Ganelon fut représenté comme le petit-fils de Doon de Mayence; et les trouvères mirent en scène toute une collection de traîtres qui furent désignés comme membres de la famille de Ganelon, sous le nom de Mayençais.