LA DISPUTE DE GANELON ET DE ROLAND
L'empereur dit : « Çà, venez, Ganelon, et recevez le bâton et le gant : vous l'entendez, les Français vous désignent. »
. Lors Ganelon :
tt Roland a tout fait, sire.
» Non, jamais plus je n'aimerai Roland, ni Olivier qui est son compagnon, ni tous ces pairs qui tant aiment Roland.
» Devant vos yeux, sire, je les défie. »
— « Chut ! dit le roi : c'est là trop de rancune. Vous partirez parce que je l'ordonne. »
— « J'y puis aller ; mais c'en est fait de moi. comme jadis de Basile et Basan.
1. A cet endroit Théodore Miiller introduit dans l'ordre des couplets une modification qui me paraît trop motivée par le sens pour que je ne l'adopte point, à l'exemple de Léon Gautier et de M. Léon Clédat, — quoiqu'elle n'ait pas été adoptée par maints éditeurs du vieux texte, notamment par Bœlimer et Petit de Julieville qui pourtant a l'habitude de se conformer avec fidélité au texte de Muller.
Dans le texte du manuscrit d'Oxford, les couplets qui portent ici la notation 21, 22, 23, 24, 25 se succèdent dans l'ordre suivant : 23, 24, 23, 22, 21.
» Soit, je le dois, j'irai à Saragosse... Qui va là-bas pourtant n'en revient point.
» Or, songez-y, votre sœur est ma femme ; j'ai d'elle un fils : il n'est plus bel enfant ; et mon Baudoin promet d'être un vrai preux.
» A lui je laisse et mes fiefs et mes terres. Soyez-lui bon ; je ne le verrai plus. »
Le roi répond : « C'est trop vous attendrir. Il faut partir puisque je le commande. »
Le comte Gane a grande angoisse au cœur.
Faisant tomber ses fourrures de martre, il n'a gardé que sa blouse de soie.
Ses yeux sont gris; très fier est son visage; svelte son corps, et large sa poitrine : tant il est beau, tous les regards l'admirent.
Apostrophant son beau-fils avec force :
a Fou, s'écrie-t-il, d'où te vient cette rage ? On le sait bien que je suis ton parâtre...
» Donc, il t'a plu que j'aille vers Marsile !
» Roland, si Dieu permet que j'en revienne, je
te ferai subir si fort dommage, qu'il n'aura pas
d'autre fin que ta vie. »
t02 LA CHANSON DE ROLAND.
Roland répond :
« C'est orgueil et folie. On sait assez si j'ai peur des menaces.
» Pour ce message, il faut un prudent homme... » S'il plaît au roi, j'irai à votre place. »
Gane reprend :
« Tu n'iras point pour moi.
» Suis-je un seigneur dont tu sois le vassal ?
» Charle commande; il faut que je le serve.
» J'irai trouver Marsile à Saragosse ; mais j'y ferai, qui sait ? quelque folie, pour apaiser ma très grande colère. »
Roland l'entend; et il se met à rire.
Quand Gane voit que Roland rit de lui, son cœur se fend, tordu par la colère ; et peu s'en faut qu'il ne perde le sens.
— « Roland, dit-il, je ne vous aime pas; car c'est de vous que vient ce choix injuste...
» Droit empereur, me voici devant vous, prêt à remplir votre commandement*. »
i. Gane est travaillé par la haine; il va être mûr pour la trahison. La chanson de geste, Anséis de Carthage, nous représente
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