L ENTRETIEN DE GANELON ET DE BLANCANDRIN
En chevauchant sous les hauts oliviers, Gane a rejoint les messagers arabes, dont Blancandrin ralentissait le pas.
Les deux madrés se mettent à parler.
L'Arabe dit :
« Ce Charle est merveilleux.
» Il a conquis la Calabre et la Fouille. Sur les Anglais, passant la mer salée, il a conquis le tribut de saint Pierre.
» Mais que vient- il chercher en nos pays? »
Gane répond :
« Tel est son bon plaisir.
» Jamais mortel ne tiendra devant lui. »
Lors Blancandrin :
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» Mais en donnant tels conseils à leur roi, comtes et ducs lui font un très grand tort.
» Ils créent tourments et pour lui et pour d'autres. »
Gane répond :
« C'est faux de tous nos grands, sauf de Roland; et ce sera sa honte.
» Hier même encor, le roi, assis à l'ombre, se reposait sous un arbre touffu.
» Vint son neveu, vêtu de son haubert; il avait fait butin près Carcassonne,
!. Dans la vieille Chronique de Turpin, il est dit que « Franc » signifie « exempt de toute servitude » et que « le Français est appelé libre ou franc, de par son droit de domination et de prééminence sur tous les autres peuples », « quia svper omnes alias génies dominatio et decus. tUi debetur ».
M Tenant en main une pomme vermeille :
— « Sire, dit-il, je prétends, avec elle, mettre » à vos pieds tous les sceptres des rois. »
M Son grand orgueil devrait être sa perte ; car chaque jour il s'expose à la mort.
» Qu'il fût tué, nous aurions paix profonde! w
Lors Blancandrin :
« Roland est bien cruel, qui veut réduire à merci tous ies peuples et ravager tous les pays du monde.
» Pour tels exploits sur qui donc compte-t-il? »
— « Sur les Français, répondit Ganclon.
M Ils l'aiment tant qu'il les aura toujours. Ils ont pour lui flots d'or et flots d'argent, chevaux, mulets, étofTes et armures.
» Notre empereur doit tout à sa valeur. Levant, couchant, il conquerra le monde. »
Le Sarrasin regarde Ganelon.
Son corps est beau ; mais félon son regard :
11 a frémi de la tête au talon. Et Blancandrin l'apostrophe en ces termes :
1. Je traduis ici dix vers empruntés au texte de Léon Gautier dans son édition critiq'ue (Tours. — Alfred Marne et fils, éditeurs}-
« Or çà, seigneur, veuillez me bien entendre : désirez-vous vous venger de Roland?
» Par Mahomet, il faut nous le livrer.
» Le roi Marsile est plein de courtoisie ; de ses trésors il vous fera largesse. »
Gane l'entend et baisse le menton.
LA TRAHISON. Hi