‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 17 sur 71 · L ENTRETIEN DE GANELON ET DE BLANCANDRIN · texte numérisé non relu

L ENTRETIEN DE GANELON ET DE BLANCANDRIN

En chevauchant sous les hauts oliviers, Gane a rejoint les messagers arabes, dont Blancandrin ralentissait le pas.

Les deux madrés se mettent à parler.

L'Arabe dit :

« Ce Charle est merveilleux.

» Il a conquis la Calabre et la Fouille. Sur les Anglais, passant la mer salée, il a conquis le tribut de saint Pierre.

» Mais que vient- il chercher en nos pays? »

Gane répond :

« Tel est son bon plaisir.

» Jamais mortel ne tiendra devant lui. »

Lors Blancandrin :

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» Mais en donnant tels conseils à leur roi, comtes et ducs lui font un très grand tort.

» Ils créent tourments et pour lui et pour d'autres. »

Gane répond :

« C'est faux de tous nos grands, sauf de Roland; et ce sera sa honte.

» Hier même encor, le roi, assis à l'ombre, se reposait sous un arbre touffu.

» Vint son neveu, vêtu de son haubert; il avait fait butin près Carcassonne,

!. Dans la vieille Chronique de Turpin, il est dit que « Franc » signifie « exempt de toute servitude » et que « le Français est appelé libre ou franc, de par son droit de domination et de prééminence sur tous les autres peuples », « quia svper omnes alias génies dominatio et decus. tUi debetur ».

M Tenant en main une pomme vermeille :

— « Sire, dit-il, je prétends, avec elle, mettre » à vos pieds tous les sceptres des rois. »

M Son grand orgueil devrait être sa perte ; car chaque jour il s'expose à la mort.

» Qu'il fût tué, nous aurions paix profonde! w

Lors Blancandrin :

« Roland est bien cruel, qui veut réduire à merci tous ies peuples et ravager tous les pays du monde.

» Pour tels exploits sur qui donc compte-t-il? »

— « Sur les Français, répondit Ganclon.

M Ils l'aiment tant qu'il les aura toujours. Ils ont pour lui flots d'or et flots d'argent, chevaux, mulets, étofTes et armures.

» Notre empereur doit tout à sa valeur. Levant, couchant, il conquerra le monde. »

Le Sarrasin regarde Ganelon.

Son corps est beau ; mais félon son regard :

11 a frémi de la tête au talon. Et Blancandrin l'apostrophe en ces termes :

1. Je traduis ici dix vers empruntés au texte de Léon Gautier dans son édition critiq'ue (Tours. — Alfred Marne et fils, éditeurs}-

« Or çà, seigneur, veuillez me bien entendre : désirez-vous vous venger de Roland?

» Par Mahomet, il faut nous le livrer.

» Le roi Marsile est plein de courtoisie ; de ses trésors il vous fera largesse. »

Gane l'entend et baisse le menton.

LA TRAHISON. Hi

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