‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 21 sur 71 · LE DÉPART DE L 'EMPEREUR ET SES DEUX SONGES · texte numérisé non relu

LE DÉPART DE L 'EMPEREUR ET SES DEUX SONGES

Charle le Grand, qui dévasta l'Espagne, prit les châteaux et força les cités, dit maintenant : « C'est la fin; plus de guerre ! » Et Ton s'en va, chevauchant vers la France.

Le jour décline et le soir gris descend', quand Roland plante au haut d'une colline son étendard qui flotte sous le ciel.

Le camp français tient toute la contrée...

Pendant ce temps, par les grandes vallées, vient chevauchant la foule des païens; et ce ne sont qu'épées, casques, cuirasses, écus aux cous et lances bien fourbies.

Au haut des monts, ils sont quatre cent mille,

i. Je traduis ici un vers du manuscrit de Venise, vers cité par Millier dans son édition de 1863, et dans son édition de 1878.

Il doit être bien entendu que, dans toute la suite de ces notes, cette simple mention, manuscrit de Venise, désignera toujours celui des deux manuscrits de Venise dont j'ai signalé la valeur dans ma Préface [Bibliothèque Saint-Marc. Manuscrits français, IV).

qui, dans les bois, font halte, attendant l'aube. Dieu ! quel malheur ! les Francs n'en savent rien.

Le jour expire ; il fait noir ; c'est la nuit.

Charle s'endort.

Le puissant empereur se voit en songe aux défilés de Cize, tenant du poing sa lance au bois de frêne.

Voici soudain que Gane s'en empare.

Il la brandit et la tord à tel point que les éclats en volent vers le ciel...

Mais Charle dort, et point ne se réveille.

Ce songe cesse et un autre commence.

Charle est en France, à.sa chapelle, à Aix. Un jDuis leroce au bras droit mord sa chair*. ' Vietnl, d'autre part, du côté des Ardennes, un léopara qui fièrement l'al^taque.

Mais du palais un l'^vrieV s'élance; accourt vers Charle au galop et par bonds ; tranche d'abord

1. Ce songe symbolise divers incidents qui suivront. Le bras droit deCharlemagne, c'est Roland; l'ours, c'est Ganelon; le léopard, c'est Pinabel, futur champion de Ganelon: le lévrier, c'est Tliierri qui proclamera la félonie de Ganelon et vaincra Pinabel.

l'oreille droite à l'ours; puis, furieux, s'en prend au léopard.

— « Le beau combat ! » s'écriaient les Français... Ils ne savaient quel serait le vainqueur...

Mais Charle dort et point ne se réveille.

YII

feOLAND A L'ARRIÊRE-GARDE

La nuit s'en va ; l'aube claire reluit*.

Très fièrement chevauche Charlemagne ; et ses clairons haut et clair retentissent.

Après avoir bien inspecté son monde* :

« Seigneurs barons, dit le grand empereur, voyez ces trous, ces défilés étroits : qui placerai-je à notre arrière-garde ? »

— c< Prenez Roland, mon beau-fils, lui dit

1. Les rajeunisseurs de la Chanson de Roland ajoutent ici ce détail que les oiseaux s'éveillent avec l'aurore, prennent leur vol et gazouillent. C'est là une note qui sonne faux dans le poème. Son auteur n'a d'yeux que pour l'homme; il n'a pas d'yeux pour la nature; et en cela il reste fidèle, avec une rigidité étroite, au génie dominant de la littérature française jusqu'à Rousseau. Imaginez Chateaubriand ou Victor Hugo traitant le même sujet. Que de développements n'auraient-ils pas consacrés à ces pittoresques sites des Pyrénées où se passe l'action du poème!

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