ANEL0N ET CHARLEMAGNE
L'empereur Charle approche de la France.
Déjà il est arrivé à Valterre, que Roland prit et puis démantela, et qui cent ans est demeurée déserte.
Là il attend des nouvelles de Gane et les tributs du grand pays d'Espagne.
Or, un matin, aux premiers feux du jour, le comte Gane arrive au campement.
De grand matin l'empereur s'est levé. Il a ouï et la messe et matines ; puis est allé s'asseoir sur l'herbe verte, devant sa tente, oii sont assis Roland, Olivier, Naime et nombre d'autres preux.
Là Gane vient, lui félon, lui parjure.
Perfidement il se met à parler, et dit au roi :
c( Salut, au nom de Dieu.
» Sire, voici les clefs de Saragosse.
» De plus, voilà de très riches trésors, et vingt beaux fils qui serviront d'otages.
» Gardez-les bien.
» Le Sarrasin vous mande de Texcuser si le calife y manque.
» Mes yeux ont vu trois cent mille hommes d'armes, hauberts au dos, heaumes fermés en tête, et sur le flanc Tépée au pommeau d'or, prendre la mer avec le grand calife.
» Ils s'en allaient du pays de Marsile, pour éviter qu'on ne les fît chrétiens.
» Ils n'étaient pas à quatre lieues du bord, qu'on vit sévir le vent et la tempête : tous sont noyés ; on ne les verra plus...
» Avec ses gens est mort le grand calife... S'il eût vécu, je vous l'eusse amené.
y> Quant à Marsile, ayez pour assuré, qu'avant que soit passé le présent mois, il vous suivra dans le pays de France, pour recevoir la sainte loi du Christ, et devenir votre vassal, mains jointes, tenant de vous le royaume d'Espagne. »
Le roi s'écrie :
« A Dieu rendons tous grâce !
» Votre œuvre est bonne et vous vaudra profit. »
Mille clairons résonnent dans l'armée.
Le camp levé, les chevaux sont chargés ; et tous, on part vers le doux sol de France.