‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 25 sur 71 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Nous ne songeons pas à nous dans la lutte; nous songeons à l'honneur et à la patrie. Plus la mort nous menace, plus la vie afflue en nos cœurs pour tenir ferme, attaquer et vaincre. Le lâche amasse l'opprobre sur lui et sur sa race.. Nous, si notre sang coule, il n'aura pas coulé en vain. Nous triompherons, ou nous mourrons avec gloire.

Tyrtéë.

Telle sera ma chanson guerrière que par elle seront percés des milliers d'écus et rompus des milliers de hauberts...

Bien me plaît, le doux temps du renouveau qui fait feuilles et fleurs venir; bien me plaît le joyeux gazouillis des oiseaux qui font retentir leur chant par le bocage. Mais plus me plaît, et jusqu'au fond du cœur, de voir rangés dans la plaine, chevaliers et chevaux armés.

J'aime quand les coureurs font fuir gens et troupeaux et que vient un grand tumulte d'hommes de guerre. Grande est mon allégresse quand je vois châteaux forts assiégés, remparts forcés et croulants. Par dessus tout me plaît le bon seigneur qui, solide sur son destrier, est le premier à l'attaque et donne cœur ac.x siens par son intrépide élan.

Alerte chacun, dès que s'engage le combat ! Qu'on suive au premier signe ! Nul homme n'est prisé quelque chose tant qu'il n'a pas donné et reçu force coups.

Sus à l'ennemi ! Nous verrons briser les épées et les lances; trouer les écus; dégarnir les heaumes; et maints Isarons frapper grands coups ensemble ; et, tout désemparés, errer à l'aventure les chevaux dont les cavaliers gisent par terre.

La mêlée bat son plein. Que nul homme de haut parage n'ait en pensée que de couper têtes et bras. Mieux être moii qu'être vif vaincu !

Je vous le dis, dormir, manger et boire ont pour moi moindre saveur que d'ouïr des deux parts le cri : « A eux : I) ; d'entendre hennir, par les halliers, les chevaux sans maîtres ; d'entendre clamer : « A l'aide ! à l'aide! » ; de voir tomber, par les fossés, petits et grands sur l'herbe; et de contempler les ennemis morts qui, percés d'outre en outre, ont aux flancs des tronçons de fer.

Bertrand de Born {douzième siècle).

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