‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 5 sur 71 · V. — Texte et traductions de la Chanson de Roland · texte numérisé non relu

V. — Texte et traductions de la Chanson de Roland

On n'a pu encore retrouver le texte primitif de la Chanson de Roland.

La plus ancienne et la plus sûre rédaction du texte de Roland que nous possédions appartient à la seconde moitié du onzième siècle et est consignée dans le manuscrit de la bibliothèque bodléienne d'Oxford, écrit au milieu du douzième siècle.

Un autre manuscrit qui, après le manuscrit d'Oxford, est visiblement la meilleure transcription du texte primitif (sauf dans sa dernière partie où se trouve notamment introduit le récit de la prise de Narbonne) a été conservé à la bibhothèque Saint-Marc de Venise. 11 date de la première moitié du treizième siècle et a été écrit dans une espèce de patois mi-français, mi-italien. La rédaction de ce précieux manuscrit est une sœur cadette de la rédaction d'Oxford ; et, quoique péchant elle-même par de nombreuses fautes et de nombreuses lacunes, elle permet de corriger maintes fautes

manifestes et de combler maintes lacunes incontestables du texte d'Oxford.

Les autres manuscrits, manuscrit de Paris, manuscrit de Chàteauroux, second manuscrit de Venise, manuscrit de Lyon, manuscrit de Cambridge, manuscrit lorrain (celui-ci très incomplet), remontent au treizième, au quatorzième, ou même seulement au quinzième siècle, et contiennent de multiples remaniements de la Chanson de Roland, rimée et paraphrasée.

En 1837, Francisque Michel, mis en éveil par la thèse suggestive de iMonin, Dissertation sur le roman de Roncevaux parue en 1832, publie pour la première fois le texte de la Chanson de Roland d'après le manuscrit d'Oxford. En 1840, parait une traduction de Bourdillon; en 1845, une traduction de Delécluse.

En 1850, Génin publie un texte critique et une traduction. Sa traduction, écrite dans le français du quinzième siècle, pèche par un excès d'archaïsme qui lui est commun avec plusieurs autres parues depuis. N'empêche que cette publication fut un événement. Bientôt la Revue de Paris et la Revue des Deux- Mondes s'ouvrent à la Chanson de Roland, là

traduite par Génin, ici résumée parVitet; et les savantes dissertations se multiplient.

En 1861, traduction en vers de Jônain, faite sur le texte de Génin ; en 1864, traduction en prose d'Alexandre de Saint-Albin; en 1865, traduction de M. le baron d'Avril en vers blancs ; en 1870, traduction de M. Lehugeur en alexandrins; en 1877, traduction de M. Petit de Julleville en vers assonances ; en 1886, traduction de M. Jubert en vers de dix et de douze syllabes ; en 1899, traduction en huitains de M. Maurice Bouchor.

La traduction la plus accréditée est en prose et date de 1872. Elle est l'œuvre de Léon Gautier, érudit éminent, chrétien pieux, chaud patriote, qui s'est honoré par ses doctes travaux pour établir le texte critique du poème, et par sa généreuse ardeur aie propager.

Il y a lieu de remarquer que les Allemands se sont toujours occupés, beaucoup plus que nous, de la Chanson de Roland. Ils ont multiplié les éditions critiques; et c'est à leur initiative qu'est due la publication des textes de manuscrits importants, entre autres du vieux manuscrit de Venise.

N'empêche que très nombreux sont les romanistes français qui ont semé dans leurs travaux de précieux enseignements sur notre épopée. Je me contenterai de nommer M. Gaston Paris qui allie à l'érudition la plus sagace et la mieux informée, le goût littéraire le plus sûr et le plus délicat.

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