LA DOUBLE APPROCHE
Fiers de maintien, les Francs ont aperçu Timmense armée de l'émir Baligant, dont les soldats chevauchent en vrais preux, tambours battant et Irompeltes sonnant.
A ce spectacle, ils crient : « Mort aux païens! Gloutons, soyez aujourd'hui confondus!... Vive le roi! Dieu sauve Charlemagne ; et que son nom Qous mène à la victoire ! »
Les deux armées sont brillantes, superbes.
Ni bois, ni monts entre les combattants. Rien ne les peut cacher les uns aux autres : ils se voient bien des deux bouts de la plaine.
Près de l'émir marche Orfroie d'Oluferne, qui des païens porte la haute enseigne.
Baligant crie : « Allons, ma gent païenne! Chevauchez tous; courez à la bataille! »
Tout retentit d'un grand cri : « Précieuse! rf Et les Français répondent par : « Monjoie!... »
L'empereur-roi fait sonner ses clairons, et l'olifant, qui plus qu'eux tous résonne.
— « La belle armée! se disent les païens. A.h! nous aurons forte et rude bataille ! »
Grande est la plaine et large la contrée...
Et de partout les heaumes resplendissent, tout recouverts d'or et de pierreries ; et de partout les écus étincellent; et de partout les gonfanons s'agitent; et l'on entend le son clair des trompettes et les très longs appels de l'olifant.
Baligant voit chevaucher l'empereur, tout entouré de chevaliers barbus dont les longs poils sur leurs hauberts s'étalent, tout blancs, ainsi que neige sur gelée.
— « Voyez l'orgueil de France la louée, dit le païen à Canabeu son frère. Comme ce Charle avec fierté chevauche ! Et quel grand air ont ses barons barbus! Ils frapperont de rudes coups d'épée... La mêlée va être ardente et terrible. »
Alors il prend fièrement les devants; et, de plus loin que le jet d'un bâton, marche en avant du premier rang des siens.
— a Venez, crie-t-il, je vous montre la route! » Et, brandissant le long bois de sa lance, vers
Charlemagne il en tourne le fer.
Charle le grand voit l'émir, le dragon, et tout ce flot de païens dont la foule, de-ci, de-là, inonde la contrée.
Ferme, intrépide, il crie à pleine voix :
« Barons français, vous êtes bons soldats; rappelez-vous vos anciennes victoires, et courez sus à ces lâches païens : toute leur loi ne vaut pas un denier.
» Ils sont nombreux... Eh bien, seigneurs, qu'importe?...
» Qui veut marcher, suive son empereur! »
— <c Ah! brave roi, répondent les Français, aucun de nous ne vous fera défaut. »
Et Tencendur tout fier fait quatre sauts; et l'on chevauche en dévorant l'espace.
LA. REVANCHE. 30d