‹ La chanson de Roland. Traduction nouv. et complète, rythmée conformément au texte roman, précédée de Roland et la belle Aude, prologue à La Chanson de Roland [par] Joseph FabreChapitre 58 sur 71 · Couplet formé fi'après divers textes · texte numérisé non relu

Couplet formé fi'après divers textes

» Dieux, accordez à l'émir la victoire! Que Baligant rende muet ce cor, qui toujours sonne, et sonne et sonne encore! »

L'émir chevauche à travers son armée oii sont Persans, Esclavons, Prussiens, Russes, Hongrois, Thraces, Nègres, Avares, Chananéens, Maures et Nubiens, gens d'Arménie et gens de Jéricho.

Au premier rang sont ceux de Butentrot, pays d'oii fut Judas qui vendit Dieu^

Là sont aussi les géants de Malprouse ; les Milcenins qui ont si grosse tête, et dont l'échiné est couverte de poils, rudes et longs comme la soie du porc; les Turcs; les Huns; les barbus de Yal-

1. Dans le texte d'Oxford, Butentrot est nommé sans qu'il soit fait mention de Judas. Mais cette mention se trouve dans les deux manuscrits de Venise, ainsi que dans le manuscrit de Versailles et dans le manuscrit de Paris.

Le second manuscrit de Venise, le manuscrit de Versailles et le manuscrit de Paris remplacent Butentrot par Boteroz ou Butancor.

A propos de Butentrot, M. Paul Meyer rappelle les récits qui portent que, pendant la première croisade, Tancrède traversa la ville de Buolentrot en Cappadoce, et franchit une porte qu'on appelait Judas; Petit de Julieville se demande s'il ne s'agit pas de Butrinto en Epire; Théodore Millier constate que cette appellation pourrait aussi désigner une antique cité de l'île de Corfou, que d'anciennes chroniques anglaises mentionnent en ces termes : « Vieille place déserte, appelée Butestoc, où, naquit le traître Judas. »

fonde, race toujours grande ennemie de Dieu; les cavaliers de Baldise la Longue ; les forts guerriers d'Occiant la déserte, gens dont le cuir est dur comme le fer et leur tient lieu de haubert et de heaume, tous mécréants perfides et féroces.

L'émir chevauche avec très fière allure.

Derrière lui est son fils, vrai géant, suivi des rois Torleu et Dapamort.

Devant ses pas Baligant fait porter le fier dragon, enseigne des païens; puis l'étendard Tervagant et Mahom; puis un portrait d'Apollon le félon*.

Dix mécréants, hideux Chananéens, vont chevauchant autour de ces idoles.

Ces sermonneurs crient d'une voix très haute :

« Quiconque veut être aidé par nos dieux les prie et serve avec humilité ! »

Et les païens de courber bas la tête et d'incliner leurs heaumes éclatants...

— « Par Mahomet, dit l'émir, Charlemagne est vraiment fou d'oser nous affronter, quand notre

E l'estendart Tervagan e Mahum E une ymagene Apollia le felun.

armée compte trente colonnes dont la plus faible a cinquante mille hommes.

» Vous trois, Torleu, Dapamort et Malprime, vous marcherez sur le front de l'armée et conduirez ces yingt-sept colonnes.

» Je n'en retiens que trois, mais les meilleures. Je les-inettrai aux prises avec Charle et les barons qui lui feront cortège.

» Qu'il vienne donc! Qu'il se mesure à moi, corps contre corps! Et ses Francs, je le jure, verront tomber sa tête de son buste. »

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