À SARAGOSSE
Il fait très chaud ; la poussière s'élève ; elle enveloppe et Français et païens, ceux-ci qui fuient, ceux-là qui les poursuivent.
Éperonnant à force leurs chevaux, ils sont chassés jusquesà Saragosse.
Sur son donjon, est montée Bramimonde, avec les clercs et prêtres de sa loi, gens mal pensants qui n'ont pas la tonsure, prêchent le faux et sont haïs de Dieu.
La reine voit la déroute des siens, et crie en pleurs : « Au secours, Mahomet! »
Puis, se rendant près du lit de Marsile ;
« Ah! noble roi, nos hommes sont vaincus; l'émir est mort, tué à grande honte. »
Marsile entend; se tourne vers le mur; pleure des yeux; se voile le visage; et meurt de deuil...
Aussitôt les démons prennent son âme esclave
du péché,
Ses ennemis ou tués ou en fuite, Charle vainqueur occupe Saragosse, dont ses soldats ont abattu les portes.
On ne peut plus défendre la cité : il le sait bien; et fait entrer son monde, qui gîtera dans la ville conquise.
Fier est le roi à la barbe chenue.
Vient à ses pieds la reine Bramimonde qui crie merci et dit qu'elle se rend*.
Elle remet les tours à Charlemagne, dix grandes tours et cinquante petites.
Tout réussit à qui a Dieu pour soi.
Le jour s'achève et la nuit est venue; la lune est claire et les étoiles flambent.
L'empereur-roi est maître à Saragosse...
Mille Français, par son commandement, de çà de là, courent toute la ville. Les mains armées de marteaux et de haches, ils vont fouillant mosquées et synagogues, pour y briser les statues des idoles.