CHARLEMAGNE OU DE LA HOYAUTÉ. XLIX
les poèmes français, c'est d'être légitînie. Tel est le sens principal de l'expression droit empereur^ qui y revient si souvent. Aussi la monarchie estelle considérée dès lors comme le palladium de la France :
Puis que Franchois ont roy, n'y arons raenchon !
crient les assiégeants, lorsqu'ils entendent dire que les Parisiens ont élu Hugues-Capet.
Il y a encore une circonstance à signaler, et c'est celle qui grandit le plus Charlemagne. Je veux parler de la protection directe de la Providence. Dieu renouvelle le miracle de Josué pour lui laisser le temps d'achever la destruction de l'armée de Marsile. Dans un combat contre Baligant, il allait périr si Dieu n'eût détourné le coup. Il reçoit des songes. Un ange veille sur lui. Dieu l'aime :
Oiez^ Seignor^ com Diex ot Karlon chier^ Qu'il uel laissa honnir ne vergoingnier (1).
Dans Agolantj on le compal*e à un ange :
Ange resemble du ciel jus dévalé (2).
La protection de Dieu lui donne presque un caractère sacré. On ne dit pas, il est vrai, de Charlemagne comme de Rama qu'il guérit l'&me ; mais il bénit ses guerriers (3) .
(i) Gaydon, page 8^ édition de MM. Guessard et Saint-Luce.
(2) Édition Bekker^ page 163.
(3) Voir Agolant (Aspremont), vers 33, et la Chanson de Ho- Jand, page 155 de oe vdume.
En i^ésuimé, le Charlema^e de la Chanson de Roland réalise le plus bel idéal du roi des rois. Je le trouve plus grand et su]*tout plus complet que Daçaratha, qu'Agamemnon, qu'Attila^ &i l'on lie connaissait l'origine de Roland, on ne comprendrait pas que notre trouvère eût pu produire un héros encore plus grand que son Charlemagne.
M LA ÏRAnmON NATIONALE.
Les diverses ^pées des Ariane, et il n'y a que les Arîans qui aieiat des épopées^ ne rendent pas le vieil idéal mythique de leur r«^e d'une manière abstraite ou aUégorique; mais^ comme nous l'a* vous déjà indiqué, chaque nation a marié œ type primordial au souvenir d'un fait historique qui lui est propre* Ainsi, dans le Ramayana^ l'action fondamentale, c'est - à - dire la défaite du dragon par un dieu incarné et uni à une femme falale, rappelle en même temps le triomphe des Arians- Indoux sur les indigènes du Dekkan et^la conquête de rUe ^e Ceylân avec le eoneottrs de ces indigènes soumis. V Iliade rappelle la lutte des Hellènes de la Péninsule oontre les populaticais des cités de l' Asie-Mineure. Dans la dernière rédacticm des NiebelungeUj l'antique fable de Sigurd, comme M. Amédée Thierry l'a démontré^ a été remaniée sous l'influence d'une situation créée par rinvasion des Hongrois, etc., etc. Ce caractère important ne