‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 14 sur 63 · DE LA TRADITION NATIONALE. LI · texte numérisé non relu

DE LA TRADITION NATIONALE. LI

mançpie pas à l'épopée française, qui est inspirée* par runion libre de la monarchie avec l'Église et par l'esprit des croisades, qui en a été la conséquence.

C'est l'esprit des croisades qui a revivifié et consacré le souvenir de^ luttes de Charles Martel et de Gharlemagne contre les Sarrasins. La préoccupation de la croisade domine tous nospoëmes de l'âge d'or. Ce ne sont pas seulement les croisés de la Chanson cPAntioehe qui jurent par le Saint-Sépulcre.

Dans Maaul de Cambray^ Gautier s'écrie :

Par le sépucre où Jhésu fu couohiés (1) !

Dans le même poëme, Bemier, pour expier la mort de Raoul, dit :

Por Tamendise irai à Acre au port Servir au temple, jà ni aura recort (2).

« Dieu , dit Ogier en détresse , si vous m^ôten Sâîn et sauf de ce tourment,

Vos cheyaliers serai tôt mon vivant Mer passerai en nef ou en calant À Saint Sépulcre et à Jérusalem (3).

Dans le poème de Girard de Viane^ dont l'action précède immédiatement l'entrée de Charlemagne

(1) Page 137, édition de Leglay.

(2) Page i34. Voir aussi Garin k Lohérain, à la page 337 de la traduction de Paulin Paris.

(3) Vers 6486, édition Barrois, Paris, 4842.

LU INTRODUCTION

en Espagne , un ange vient séparer Roland et Olivier qui se battent dans une Ue du Rhône et leur dit:

Dex le vos mande^ de son ciel la amont,

Laissiez ester icelle airison

Mais en Espag^ie^ sor cel pueple félon.

Là esprovéa qui es hardis ou non ;

Parmi la terre le roi Marsilion,

Là conquerrez par force le roïon

Sor Sarrazin à force et à bandon (1).

Lorsque , dans le poëme de ce nom , Fierahiad vient braver les chrétiens, le trouvère, après avoir raconté que ce héros encore payen a saccagé Rome et tué le Pape , ajoute comme dernier trait d'horreur:

Si tint Jérusalem, qui tant fait à amer,

Et le digne sépulcre où Diex vaut susciter (2).

Nulle part ce caractère n'est plus marqué que dans la Chanson de Roland^ qui est elle-même une croisade contre les Sarrazins. Un des payens, qui y combattent, a détruit le temple de Jérusalem et tué le patriarche. Enfin, l'œuvre se termine par une invitation directe à la croisade :

* Seint Gabriel de part Deu li vint dire ; « Caries, semon les oz de tun empire Par force iras en la tere de Sirie, Reis Vivian si sucurras en Imphe, A la citet que paien unt asisc.

I^ chrestien te recleiment e crient. »

(1) Poètes français, page 120. — Vers 3041 à 3047 dans Tédîtion de Bekker.

(2) Vers 63 et 64, .édition de MM. Krœber et Servois.

Page 1