DE LA TRADITION NATIONALE. LUI
A la tradition nationale se rattache l'amour de la patrie , qui est très-vif dans nos poèmes chevaleresques. Le zèle religieux n'étouffe pas le patriotisme et il lui vient , au contraire , en aide parce qu'il élève et consacre l'idéal national.
(( Défendre le christianisme contre les infidèles, dit avec raison le traducteur allemand de la Chanson de Roland^ voilà le grand mobile; mais les Franks marchent à la tète des autres nations , tout disposés à commencer le combat; le drapeau autour duquel tous les peuples se rangent, c'est l'oriflamme. Le triomphe de la bannière rouge de Saint-Denis , la victoire de Dieu , voilà ce qui fait l'orgiïeil et la gloire de la France. C'est à cela que la Chanson de Roland doit d'être ime épopée nationale française. »
Cette patrie a deux caractères qui justifient l'amour des chevaliers français : sa supériorité et son charme.
Quand Dex eelut Donnante et dix loiaume Tôt le meiilor toma en douce France (1).
La vue seule des fleurs de lis inspire la terreur aux ennemis dans le poème de Hugues Capet :
Car les armez de France sont de tel essient Qui les voit en bataille^ ^ande paour l'en prenl.
Dans la Chanson de Roland la supériorité de la France est exprimée par la qualification de Terre-
(1) U Coronemens Looys, vers i3-14. — La Chanson de Roland, pages 86 et 134 de ce volume.
LIV INTHODUCrriON.
major. Le charme particulier à notre pays est exprimé par le mot dmàce France,
Les Sarrasins exix-*mèmes se servent de cette expression :
Tote iert la ville essîliée et gastée^
Et douce France et prise et conqnestée (1).
Les m<Burs des Âges héroïq[ues accordent une grande importance aux richesses et plus particulièrement à celles qui sont conq[uises sur l'ennemi, au butin. C'est un signe de vérité et de naïveté qui se retrouve dans nos poèmes et dans nos chroniques rimées:
Dex ! quel eschec f u Uluec oonquestes !
CSiascttOâ en ert menanz et AMisez (â).
MquU avint bien Tan gré la nuit premièrement^ Pins valut il esches de trois mil mars d'argent; Aus barons qu'il ama en Sst riche présent^ Por ce monta en pris en Tost moult durement (3).
Roland parle aussi du butin, mais incidemment. En général, l'amour du butin n'a pas, dans les chansons françaises, le caractère d'apreté qui peut choquer quelquefois dans les Niebelungen^ où la possession d'im trésor est le principal nœud de l'action comme dans l^expédition des Argonautes.
(1) u Covaums Vivien, page i88> édition de Jonokbloet. — La Chanson de Roland, pages 2 et 31 de ce volume.
(2) La Bataille d'Aleschamps, vers 6981.
(3) La Clumson d'Àntiocke, chant iv-xxvii.