‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 30 sur 63 · LES RÉPÉTITIONS. CIX · texte numérisé non relu

LES RÉPÉTITIONS. CIX

mon Ravana veut décider la chaste Sita à le suivre, il &it briller devant elle ses avantages et en recommence plusieurs fois l'énumération/ Rien de plus juste et de plus impressionnant.

Ce qui est admissible, c'est que le chanteur ait tenu en réserve, pour les passages les plus intéressants, plusieurs couplets différant seulement par l'assonance, afin de les répéter en variations^ si l'émotion de l'auditoire lui indiquait de le faire (1).

Il y a un autre genre de répétitions qui consiste à &ire dire la même chose dans les mêmes termes, par exemple à un roi qui donne un ordre et au messager qui le porte, comme dans Homère, ou à répéter, sans changer d'expressions, la demande et réponse comme dans le psaume : In exitu Israël. Ce procédé n'a pas besoin de justification : il produit des effets d'une grande beauté et particulièrement appropriés à la poésie populaire.

En se plaçant au même point de vue, c'est bien à tort qu'on reproche à nos trouvères de se répéter, parce que leurs chansons contiennent de temps en temps de longues récapitulations, qui s'expliquent d'elles-mêmes dans des œuvres destinées à être récitées ou chantées comme l'étaient nos poèmes chevaleresques. Lorsqu'on n'a pas la faculté de relire les feuillets précédents, les récapitulations sont indispensables pour graver les points capitaux dans la mémoire d'un auditoire inattentif ou illettré. On

(1) Histoire littéraire de la France, tome XXII^ page 262,— GuiU Utume d'Orange, par Jonckbloet, tome II, page 291.— La Chevalerie Ogier, pa^e 54 de la préface.

GX INTROPUCTION*

aefàit pas une lecture suivie devant des enfaûts ou des femmes, sans être obligé, à chaque reprise et à certaines situations, d'improviser de ces résumés comme on les trouve tout faits dans la Chanson de Roland^ dans le Ramayqna et ailleurs ^ Quant au reproche portant sur ce que ces récapitulations sont souvent conçues dans les mêmes termes, je ne saurais l'admettre davantage. Lorsque le fapouvère a rencontré une forme saisissante et heureuse, il a raison de la reproduire afin de la graver dans la mémoire, au lieu de compromettre son succès et la TOmpréhension du sujet par la recherche puérile l^t pénible d'une variété artificielle^ qui ne saurait être agréable qu'aux blasée et aux pédants.

DB Isk NATUBS,

En lisant nos poëmes chevaleresques, mais particulièrement ceux de la grande manière^ il est difficile de lie pas être frappé de la vérité et de la simplicité des comparaisons tirées du règne animal et végétal bu des phénomènes météorologiques. Ainsi dans Garin ie Lohérain^ aux pages i89, 204 et 808 du isiecond volume.

Entre aus se fiert li Lohérens gentis €!omé feucon entre oisillons petits.

biex ! com le fklt li Borgoind Âuberis Et li baron qui furent avoo li !

Charpentier semblent qui en gaut soient mis.

Bien i parut quant li dus Bègues vint; Ensi les mainne com li lous fet beri)i8.

0B hk NATuaE, exi

Dans la Iteri de GaHn^ à la page SSO»

Tex gist Ganns entre letf mohi occis^ Goçime 11 chesnes tsntre le boii petit.

Au vers 1648 du Covenant Vivien^

Et Viviens i flert par sprant Vigor^ Et les decope ausî com féist flors.

Dans la Bataille d'Aleschamps , aux vers SÇGO, 8874 et 6302,

Si les abat com la faus fet les prez.

Bien fii armés dômifi PalMelevriàre;

Plus tôt l'emporte très par mi la jonchière

Qttâ Faucon ebasM Taloé menuièro.

Dans Àgolant, au vers 672,

Salatiel regarde le destrier

Qui plus iert blans t|ue n'est fleur dé pomier

Et plus isnaus que faut ni etipervler.

Les citations suivantes sont relatives au printemps de la nature ou de la vie. Dans Te Çovenans Vinien^ aux vers 16S et 299,

 Pentescoste que Ton dist en été^ Lors nest la fior et reverdist li prez.

En icel temps que chantent les oiseau»

Et li bocages devient floris et beaus.

Voici comment le trouvère de la Chanson d'Antioche parle du printemps à la 84* strophe du 1" chant :

Seigneur^ or faites pais ! que Ûiex vos bénéie ! Ce fu un jour de mai que chascuns Qîi^aus crie.

C3CII INTHDDUCrriON.

Qae U rossîgnauB chante et la merle et la pie^ Et Taloe s'en voise en l'air à vols série.

Que li bos est rames et vers la praérie.

A Qermont en Auvergnie fu la chevalerie De France, d'Engleterre, de toute Normendie^ Et prince et duc et conte, chascuns a sa mesnie. L*Apostole de Rome quant la messe ot fenie, ïssi fors del castel, enmi la praérie.

Tout se furent assis sor Terbe qui verdie.

La comparaison suivante s'applique à la jeune princesse Alice (1) :

La rose semble en mai la matinée :

Elle est plus blanche que.n'eàt noif sor gelée.

Les rapports directs des héros avec la nature animée ou inanimée sont aussi simples, aussi pleins de charme :.

lÀ jors fu biaus, U solaus esclarcis, Li quens Fromons se gîsoit en son lit ; La fenestrelle un seul petit ouvrit.

Et la clartés le fiert enmi le vis.

Voici un autre passage du même poème (2) ; c'est le commencement d'une chasse :

Or va le dus en la foret chascier; lA chien avant se prinrent à noisier.

Quant il commencent ces raimes à brisier, Trueveut les routes dou pors qui a fumé.

Là dus demande Brochart son liemier.

Par devant lui li amaine uns breniers; lÀ dus le prent et si Ta desloié.

Il li menoie les costes et le cief

(1) La Bataille cfAleschamps, vers 3098.

(2) Garin le Lokérain, tome II, pages 159 et 224.

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