DÉ LA NATURE. CXIII
Et les oreilles por mieus encouragier ; Met l'en la route et il prent à tracier, Jusques au lit vint li vrais liémiers.
Entre deux chesnes chéus et esrachiés, ^ Si com li ruis d'une fontaine vient, Là se gisoit por son cors réfroidîer.
Quant il entent le grant aboi des ohiens^ Encontre mont li sangles est dréoi^s.
Il estela, en après s'est vuidiés.
Ne fuit pas, ains print à tornoier.
Là giéta mort le gentil liémier, Nel voulsist Bègues por mille mam d*or mier.
Comparez ce morceau si précis, si simple, si vrai, avec la chasse pompeuse de Charlemagne décrite par ThéoduKe pour voir la différence qu'il y a entre la rhétorique et la vraie poésie.
Le duc Nayme , dans Agolant, passe la nuit sur la montagne ;
Li dus ont froit, si li trembla la pel, La nuit n'out dent dont ne féist martel.
Il suffit d'ouvrir un de nos poëmes chevaleresques pour trouver des passages pleins de grâce et de sensibilité sur les rapports des chevaliers avec leurs destriers. Ainsi dans la Bataille d'Aleschamps (1), Gmllaume au Court Nez, en détresse, parle à son cheval Baucent, harassé de fatigue :
« Cheval, dist-ii, moult par estes lassez...
Mes or sai bien qu'aidîer ne me poez.
Si m'aist Dex^ n'en doiz estre blasmez^ Car tote jor moult bien servi m'avez.
(1) Vers 538^ 693 et suivants. — î/i Chanson de Roland^ page 60 de ce volume.
QXVIII iNl'ROdUGfriOIfé
tableau dani» le woïéXï A'fvankoë, dû plutôt, sàhs passer le détroit^ tt^nspoirtbtis-îMms de nouveau att banquet du duc Aymon, dont nous avons déjà parlé et où les seigneurs sont assis avec les bourgeois et les bourgeoises, chmeun sebm son estât. La table était commune : grâce â ce cîontaèt, 1^ plus intime de tous et qui a même quelcpie chose de religieux, le grand ne pouvait pas s'isoler dans des subttliiés oiseile^ et iminorridg t il aVàlt vàk auditoire d'hommes simples >et ôtiëupÀ» êb . rudeë lubeurs ; mais^ en mtoie iempè^ le pettt^ habilùé à èutendlti la^onvetsation sur les gtandé iiitéMis dé làteli^bû, dé la patrie^ de la pi^ovin^^ ne piE^Uv^l pas totnbér ' dansui&e growièi^eté qui n'y eû^j^a^ étè'taléi^. L%' vie eodimune était à» obstacle & 1'^ ëi & rémfM lÉial. Tout ^'tm coup) letifouv^e tmlëjèâ^tetii'j (}ili avàitpris place àla ih^e iaMey QoiMilielè tûÀÉ^and ftxrain ou le msfidiantf tirïdt son petit indbtrïiièlit et diahtaii & toiàm leé ù^&Mes àttentivii iâ Gfi&nêùH de BmandfiVL ta BéÈtoéUê ^AiègnkMqf^i Ni lé pfdkrë^ ïA> la^Qtl&e Mey^noSdé ou paysatuie^ n'Ataiétitëtposâéft rougir, car le récit était aussi piett'^tie 1# Wètmbû àà porètee^ aimi puf que le r^0 de TeniaÈ^t; Le dMDieû valet plèwait comme Vêis/àgÉ&àt^ Idn^e le âiantear neuionfarit^ «dus Hiie^ fytàiê égkleùkthP ëBcesaible A taoé ipeat sa siipëflrtorité m^è^ éomiiÉeM R6land, près dé mcMni^, tbaluait iisis têAam^ deti s^utres (lainif auj^tàa de Tiorpm bkisaè pbm q^e
L'arcevesque^ que Deus mist en sun nom,
leur 4Q9QÀt l'haute avant da rendre le. def&ier
POPULARITÉ MÔ C!tANSO!»S DE GESTE. Ckîît
Âétit>il>. TôUt lé Aéiidè Vbtaftit âftttoiit comment le traître Gane serait puni ; si Guillaume au doùA Nëi .éehëtpp^*Ait au déi^tre t;aûsé ^ar sôh îmj^i^dent ttevéU et tôjoindlfàit sët Tllte d'Ofâtigè, lé bôtdevatd de la (Atétiétkté^ ôft Une honnête et héroïqtie é{)ônâe allait M rèpt^elér^ duhaUt Aè» réMpài^, qû^ùn ôhè^ ¥aliei^ chtëtièn ne doit pês Ims^t iles Tdâ^sàuï ëlpdséiti ati fèif dèiÉ ënnèmb. Lft pë.ifsa]lnè èiOtiriait kWii dis^ crètement que kl plm gi^andé dàmë, ûMx iht^é^ tildes de Cruibôrc ëOr lés dàngei^ anit^ds là beauté deâ dameâ dé la éour allait éïposèic ison màM. ËléfetH^ë 'ph* lëè bipl(AH de Rèkndl «ni dé Onil^ ktn^é an Cà\ji% Jiét , lé ^gnèui^ iEmgii,geàit mn dc^jôn ^li!^ èllér combattit le^ ètmémi^ de Bléd ; meàÈ U n'y èOèit p^ MÛ : |>litô d'nn p^^m a été
Gê u'est pas éiénlémént U pàMé, màfe l'att {^Ittih ttcfftë qai ^imit ee carActèré prééiétlt de popularité; Leé éétilptui«é6 dés ëgUséd étedént àVkht totiitt l€»s aiv cMvés dn pèàplé igïkû^mii [{).'» )A. Vieffiet-Î^Oiic^ dalfd Éek Êntmiéhs è»i^ l'm^cMkdùrB; ttUtstAté \é éèurabètèi^ essentiellement pôji^nlafa^ dé i'éichitéè^ t«l?è goltiqùèi Comme M. Taine Ta fidt î^emarquéî* a¥èc t^aSsnn en parlant du d6me de Strêi^btm%, la ëèrtliéâràlé « j^iiàit temte éntiëte amt jrenï^ fttk l^émiet tenn, à tm^Uinfe bûchéi*ou..* dont mil rà^dnnement n*eût pu perèer lA lontdé enn^îoppè. . .
(1) Ces paroles de David d'Angers sont citées'par M. Renan à la page 204 du XI/ Vc^mé die IS Aatmé tks I)&éd>-itfdfiefe7.
GXX INTRODUCTION.
Un homme n'a pas besoin de culture pour en être touché (1)* n
Saluons donc avec amour, avec vénération, avec reconnaissance, les monuments écrits ou sculptés qui ont pu unir dans un même sentiment les âmes de tous les Français, non point en les écrasant sous le niveau de la bassesse, mais en les entraînant toutes dans les sphères les plus hautes et les plus pures, sur les aUes de la poésie et de Tart.
Du reste, le moyen âge n'a pas joui longtemps de cet avantage. Une scission s'est ppérée peu à peu dans la société , qui a perdu insensiblement tout caractère simple et patriarcal. La transition est déjà indiquée, dans le roman de Walter Scott, par la différence qu'il y a entre les mœurs de Cédric et celles de Wilfrid d'ivanhoô. Combien le père est supérieur au fils sous le rapport social ! La séparation des classes s'étant ainsi opérée dans les mœurs, ce qui conserva l'enveloppe extérieure de l'épopée s'égara dans la galanterie , la magie, les raffinements et les intiigues du roman d'aventures. Descendue des hauteurs pures de l'épopée vraie, d'où elle éclairait et réchauffait l^us les coin^ de la France comme un soleil de midi, la poésji^ n'a plus fait que dorer quelques sommets d'unç lumière froide. Bientôt, sous la conduite de Jean 4^ Meun, le poète de Philippe le Bel, cette littérature vint encore donner sur le récif de l'aUégorie anti-» religieuse et antisociale. En supposant que ces
(1) Revue des Deux-Mondes, tome LVI^ p. 803.