POPULARITÉ DES CHANSONS DE GESTE. GXXI
.œuvres pussent encore être comprises de tous, ce qui n'était pas, Cédric le Saxon n'aurait jamais permis qu'on les récitât devant sa nièce et devant son porcher. Il fallait à ces délicates horreurs le huis-* clos du salon.
Quant au roman d'aventures, il vint échouer misérablement dans la vulgarité de la Bibliothèque bleue (1). On a eu tort de reprocher à Cervantes d'avoir tué les épopées chevaleresques. Le mutilé de Liante n'etit pas raillé la Chanson de Roland. Lui et Arioste n'ont fait que donner le coup de grâce aux derniers romans d'aventures, pour qui ^c'est d^à trop d'honneur d'avoir reçu d'aussi grands
coups.
L'esprit bourgeois ne s'éleva pas au-dessus des roueries de Mdltre Renart, c'est-à-dire d'une satire, qui, assez inoffensive au début, devient à la fin aussi irréligieuse et aussi révolutionnaire que l'allégorie aristocratique. Le peuple était encore tombé plus bas dans la grossièreté, comme on peut malheureusement s'en assurer en étudiant certaine classe de fabUaux et de facéties (2).
Il n'est pas inutile de mentionner ici que, lorsque
(i) M. JoDokbloet (tDme 11^ page 95), a bien caractérisé les conséquences de cette séparation pour nos épopées, tf Cette tendance de plaire par des détails grotesques, dit-il, se manifeste du moment où le peuple et la noblesse ne se trouvent plus à la même hauteur dé civilisation. Les barons prêtent plus facilement To^ reille au genre de poésie plus cultivée; les anciens chants épiques, trop, simples et trop naïfs^ restent du domaine du peuple, mais non «ans perdre quelque chose de leur dignité^ de leur mnjesté primitive. »
(2) \jQ romau de Benart contre fait y dit aveo raison M. Moland,
GâfeXII iNtRODUCmON.
l'oit ëÀsàfa «nê6îë de chaiitei' quelques tn^étt M^ limtt «t vi^itiieiit ^ôjp^ii'eir^ ôii rèt^ôttva^ dàtan là ehpotliqtie rimée, ûret lé ton ^iqUè, là fbrfbe àd<^ cedsibto à fôti§i Le début de Ift eh^onl^tië de Duguesclin le prouve bien ? '
Or, me veillez oïr, chevalier et meschin^ Bourjoises et bourjois, prestres, clers. Jacobins ! Ëk Je vous chanterai tsoinihetieeiheiif bt lin De 1* vis vwhtask Berliati DugttaEKaià.
de qu*on esi convenu d^appeler la Èenaîssànce vint, suivant Fexpressioh de M. Littré, << troublép le (îoui*ant naturel de la littérature française, ï et consomma la scission dans le domaine .des lettres et des arts par le culte ihdiscret et îdôpportun de l'antiquité mal comprise. L^ pauvre peuple s'intéressait, avant le seizième siècle, àiix représentations plasti<jues dé Fancien Testameôt'et au nouveau Testament, au bas-relief du jugement dernier comme au vitrail déroulant la vie de saSnt Martin, de sainte Geneviève ou de saint lôuîs. El parce qu'il faïlait intéresser à ces représentations la plus simple paysanne comme la plus noble cbâtèlaine, l'artiste, on ne saurait irop le répéter, avait dû rester simple et grand. David d'Angere, en vrai artiste^ épefffaitètnest formulé t^etteloi^ dali»te ptts^]^e déjà cité : c( Les sculptures gothique^ étaient hs^f ehiveiil du |»eiiple ignorant* U fallait doue qu6 cette
éist tiné amti« foute boan^eonley ef de te moyenne philôt <}Ué (â« k hàt^te Bënrgtiôiffie. C'est l*ësprit, IM îdées^ là iKsIenee^ te» seMi^ ments et les besoins de cette classe qu'exprime ce vaste feMMl de rîmes, {hêê fèêhf fratlçm», iome I^'y pageé BM 61889.)
POPULARITÉ M» CMaMSÔNS DE GESTE. CXXÏlt
éistkMé devint ii liisiblë que thUûiiti pût k eohi>' pusndl^» i^ Mttiê loi^ âë la Reûaifisaneé, Itipitèo" ti Cupidéti) qtLe le pàtÉti'ê peuple ne (^oihpt^nd pas dtt totlt, toinbèi^iit sous là matiVAlse mûûenàé dé VfSM iUlâêû d^ft eà déoâdéiieè (1)^ et y tombèrent â'a'à* taat ^m ftkôilement que leâ elai^sed éclairéôi!i êllès*^ Éièmes se pl^oecupàieiit peti du 8eni>É profond dé ee^r mythes.
icUsfiÉ é^il dètèiiU très^dlfEièile, sinoU finpostilblé) auï diflërèntes dêkSBeë dé la soeiété de lire leur diéiii««rlly^& (8). Qâ^impôrtë au dcdUe^fi^ë ^ Mm 9êAf au cUhiVàtéUr dout le labeur nbUë àOmrilil ttms^ A «M ^ qui VA^^ faire iuer eu Êtiiude mtsê savdii^ pintrqud^ A l'Auvi^^at qui ndûë appotte di VWk et à sa femme roudriette qui UaUsr mésui^ a^^pui^oimcmiè le ebwboti de ^10, qu'iâiportè ftr
ttms e^ hcmuètës gêM^ Hùé (i^éê eu ïésU^Gliriftl et nos compatriotes, que lem* impc^i^ié^ ëé qué UOiHl
dbautot» en ptoêë m^m t^^ de toyté (Mmi^adlon
sUf des sùjëtë qui leur soUt iudifiërènti^ et dans uue^ Mig^ qu'ils ûé comprennent plus?
Quel të($ultai'étin»gë et bien digue dé fitàre fé^ ûêéA Ié6 gdUvëMWf^ €ft lès pèûseUîhî^! QUAUd le*
yj Vitet, Études svr f histoire de Fart, t. in>.p. 94, (^ l( Lln&tteti«é àéi livrés ne s'exerce qu'à la surface et dians iHWfèoàdîe Irèi^iAixr de lai BDcléèé; on ik#flatt paB adsdi ôombisB ils pénètrent par avant et à quel point la masse de la j>opulation demeure étrangère aux idées et aux connaissances qui de se pro* paMnt flue par cette voie; En sorte que^ ià où la littérature est le pfhûcifiàl agent des notions' poIîtiqueé3 la sympathie et l'équilibre isMWlint nuronipeiit eifttrd les dMBes éievAes et te pmplli. IIA cessent bientôt de se comprendre «t de penser en commun. • (btliÈ()l; h^É^lùe et U mîêié- chrétiekné en 18BI, page 2è8;)
CXXIV INTRODUCTION
différences de race et les institutions sociales éle-* valent, entre les diverses dasses de la société, des barrières infranchissables, tous les Français, sans distinction, s'intéressaient au même art et s'enivraient à la même source de poésie. Et, aujourd'l\{ii que toutes les autres barrières sont détruites, il s'est dressé entre les uns et les autres la barrière du goût.
Ce n'est pas, du reste, le peuple qu'on doit accuser le plus de cette séparation anormale, et par conséquent de la grossièreté des habitudes et du langage. C'est bien plutôt la faute des rhéteurs, des légistes, des pédants, et celle des classes supérieures qui se sont séparées de la communion intellectuelle et morale avec le reste de la nation, et qui, en outre, ont trop souvent donné l'exemple de la frivolité, de la démoralisation, de l'égoïsme et de l'incrédulité.
Sous le rapport de la popularité des œuvres de « l'esprit, je suis plus que tibéral^ je veux le par^ tage. Aussi, je demande aux œuvres de l'esprit d'être accessibles à tous pour atteindre la véritable grandeur; mais je leur demande surtout d'être grandes poiu* devenir accessibles à tous.
Prions Dieu que nous puissions écrire un jour, . en tète de nos œuvres, la strophe que les rhapsodes du Gange ont placée au début du saint Ra-
mavana:
Tout homme qui^ pur et P esprit attentif y lit, dans un jour saint , cette histoire du magnanime Ranuij est lavé de ses fautes pendant sa vie, et son