AGI
Il dit encor : ce Notre bataille est dure !
nL Je cornerai : le roi Charle entendra ! »
Olivier dit : a Ce ne serait pas';brave !
c( Quand je l'ai dit, vous l'avez dédaigné.
« Que Charle y f&t, nous n'eussions rien souffert.
<i Ceux qui sont loin ne sont pas à blâmer. y>
OUvier dit encor : a Par cette barbe,
« Si je revois Aude, ma noble sœur,
<( Vous ne serez jamais entre ses bras (1). » agi.
(1) Voir Girard de Viane, Aude était fiancée à Roland.
Roland répond ; « Pourquoi cette colère? »
Olivier dit : a Ami, c'est votre faute.
a Car le courage est sens et non folie.
<K Mesure vaut mieux que témérité.
a LesFrankssontmorts,c'estpar votre imprudence!
c( Charles de nous n'aura plus de service.
« Vous m'eussiez cru, le roi fût retourné,
(c Et nous eussions gagné cette bataille.
«( Le roi Marsile eût été pris ou mort,
«c Nous a perdus votre témérité.
a Charles le Grand de nous n'aura plus d'aide.
Un homme tel, on n'en reverra plus (1) !
« Vous y mourrez : France en sera honnie.
« Loyal secours aujourd'hui nous fait faute.
« Avant ce soir, cruelle départie ! » aoi.
Turpin entend que les preux se querellent.
Il a piqué des éperons d'or pur.
Vient auprès d'eux, se prend à les gronder :
« Sire Roland, et vous, sire Olivier,
« Au nom de Dieu, ne vous querellez pas I
« Sonner du cor ne peut plus nous servir.
a Et cependant cela vaut encor mieux.
(1) Le texte i^oute : Desqu'a Deu juise^ jusqu'au jugement dernier. — De même dans Gaufrey^ vers 176.
a Que le Roi vienne ; il pourra nous venger.
« n ne faut pas que les payens échappent.
« Nos Franks ici descendront de cheval,
a Nous trouveront morts et taiUës en pièces.
« Sur des sommiers nous prendront dans dés bières,
a Nous pleureront de deuil et de piti^,
a Nous èiiibuiront auprès des monastères (1).
a Loups, porcs ni chiens ne nous iiiàngeront pàâ. )>
Roland réjpond : a Siré, c^esi trèë-bièn dit. i aoî.
Roland a mis le cor devant sa bouche.
L'ajuste bien et sonne à grande forcé.
Hauts sont les monts et le son va trè^lôin :
On l'entendit répondï^e à trente lieues.
Charle Téntend, toute sa troupe aussi.
L'empereur dit : « Nos hommes ont bataillé, d Et Ganelon lui répond au contraire :
a D'autre que vous ça paraîtrait mensonge, d aoi.
Avec douleur, avec si grand effort.
Le preux Roland a âonné de son cor Que le sang elair lui jaillit par là bouche.
(1) Le texte dît : en aitreê de nmèten.
Ce moty dérivé du latin atrium, signiflût parvis. La place qui est devant îeâ églises servait de cimetière. Aire signifie aussi cimetière. (Note de F. Génin.}
De son cerveau les tempes sont rompues.
Le bruit qu'il îelt de son cor est très-grand.
Charles, qui passe aux défilés, l'entend ;
Nayme l'entend : tous les Français écoutent.
<c J'entends le cor de Roland, dit le Roi.
« Il ne corna jamais qu'en combattant, d
Gane répond : a 11 n'y a pas bataille ;
a Vous êtes vieux^ vous êtes blanc fleuri ;
a Par tels discours vous semblez un enfant.
(( Vous connaisseii tout l'orgue de Rokndi
a C'est merveilleux que Dieu le Hôv^ eùûérê !
(c II assiégea Noples sans vous le âii^;
(( Les Sarrasiins sortirent dé la ville,
c< Six de leun^ chefs attàquèreiit Roland,
« Il les ocdt et fit latef le ehanlp
« Pour que leur sang ne parût p^ sut l'hèi^Be (I).
<c Pour un seiil liêvte il corne tout uïi jotit !
«c Avec ses pairs il est ft plaisanter.
a Qui, sous le ciel, l*oseraît provoquer?
« Chevauchez donc, pourquoi vom arrêter?
a Terre-major est très-loin devant nous. » aoi.
(1) J*ai traduit librement ce passage qai paraît altéré. Voici la leçon donnée par M. Génin :
Ja prist il Noples sanz le votre «ornant; Fors s'en eissirent li Samizins de denzj Sis cuens 1 vinrent al bon vassal RoUa&t...
Puis od les ewes lavât les prei del woô ; Pur eel 11 firt ne fost apariasant.