‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 57 sur 63 · CHARLEMAGNE FATT SA PRIERE ET MARCHE CONTRE BAUGANT · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE FATT SA PRIERE ET MARCHE CONTRE BAUGANT

Notre empereur descend de son cheval; Sur l'herbe vçrte il s'étend prosterné, Les yeux tournés vers le soleil levant, Invoque Dieu très-cordialement : '

« Notre vrai Père, en ce jour défends-moi !

c( Toi qui sauvas le prophète Jonas, « Quand il était au corps de la baleine, « Et qui le roi de Ninive épargnas, <i Toi qui sauvas Daniel des tourments, a Quand il était dans la fosse aux lions, « Et les enfants dans la fournaise ardente, c( Que ton amour m'assiste en ce jour d'hui.

(1) Le texte dit : Seint Piere fut, c'est-à-dire que Toriflamme portait d'abord l'image de saint Pierre.

(2) M. F. Génin a calculé et porté l'armée française à 420,000 hommes. Celle de Baligant était au moins de 450,000 hommes, la moindre de ses trente cohortes en comprenant 15,000.

i58 Mk CHANS02^ p£ ^O^VND,

a Àûqordermoi, s'U te plajt, pp<* t^ g^Ac^, fit Que moj) xteveu Rolap^ PVÎ$9^ YCt^g^l^ (1)» ^

Il a fini sa prière, il se dresse,

Et de la croix fait le sigiv^ puissant.

Il est monté sur son cheval rapide,

Nayme et GeoflEroy lui tiennent l'étrier,

Prend son épisu tranchant et son éau.

Noble est son corps, gaiUard et bien séant.

Visage clair et bonne contenance,

Puis il chevauche avec grande assurance.

Sonnent les cors et derrière et devant,

Par-dessus tous celui du preux Roland :

Tous les Français pleurent en Tentendant.

Notre empereur chevauche noblemept.

Sur sa cuirasse, il a sorti sa barhe (2], Et, par amour, les siens en font autant ; Cent mille Francs en sont r^conpa^se^les.

(1) Voir une de ces invocations à la page 122. Elles sont fréquentes dans nos dia^^ons. Il s'agit luretqim itn^oiim de iop^B, de Lazare, de Daniel et au moins aussi souvent de Longus, au- ^el pu attribue le coup de lance dont le. ç6^ d\;i, Chrls^ fut p^rcé sur la croix. Voir la Chevalerie Qgifir de Jfqnniçm/^chej^ images 486 et 487, etc., etc.

(2) M. Qénin interprète cette rm» de U ba^b^^n^liprç çQ^up un signe de t^ravade et de défl. Voir plus ha^li, çage 95.

LA GHANaQN PB RQLAND. ^59

Ils cheminaient pf|r ces pics pt ces roches, Ces vaux profonds et ces gorges sinisir^. Les voilà hops des détroits solitaires^ Devers l'Espo-gne ils avancent en ordre, Et dans la plaine établissent leur camp.

Vers Baligant Ips içessjagers revienijeçt, Et l'un d'entre eux lui conte son message ; « Nous avons yi; Cli^xles^ l'orgueilleux roi, « Fiers sont ses Franks et de fuir n'ont envie, ce Adoubez-vous, vous aurez tôt bataille. »

Baligant dit : « C'est l'heure du courage !

<( Sonnez vos cors, que mes payens le sachent. ^)

COMMENT LES ÇAHRàZINS 8B FRiRÂBJ^T AU OOMBAts.

Les Sarrazins, dans toute leur armée.

Font résonner les t^imbonrs et les trompes, Et pour s'armer descendent de cheval.

L'émir payen ne veut être ep r.etard.

Met sa cuirasse, aux pans ornés de frang^ç, Lace son cqsque qrné de pierreries, Au côté gauche attache son épée, Dont, par orgueil, il a choisi le nom :

Tant de Joyeuse il entendait parler, Qu'il appela la sienne a Précieuse, »

Et c'est son cri sur le champ de bataille ; Ses chevaliers n'y poussent d'autre cri.

A son cou pend un écu grand el large, La boucle est d'or et de cristal bordée.

Et la courroie en satin tortillé.

Il tient l'épieu qu'il a nommé Maltet; Le bois en est gros comme une massue, Et du fer seul un mulet aurait charge.

Sur son cheval Bahgant est monté, L'étrier tint Marculfe d'Outre-mer.

Grande il avait l'enfourchure, le brave,- Minces les flancs et larges les c6tés, Forte poitrine et le corps bien moulé.

L'épaule large et la figure claire.

Fier le visage et la tète bouclée ; Il était blanc comme une fleur d'été.

Et d'un courage éprouvé maintes fois.

Dieu! quel baron, s'il eût été chrétien !

U éperonne et le sang jaillit clair.

Prend son élan et franchit un fossé ; Cinquante pieds on peut y mesurer.

Payens disaient : « Il défendra nos terres ; « U n'est Français, s'il combat avec lui, a Bon gré, mal gré, qui n'y perde la vie!

a Charles est fou de n'être pas parti. » AOl.

IJl chanson de ROLAND. 461

L*émip payen a Fair d'un vrai baron :

Sa barbe est blanche, on dirait une fleur !

Il est savant dans la loi sarrazine ; Dans le combat , il est fier, orgueilleux* Son fils Malprime est très-bon chevalier (1), Et grand et fort : il tient de ses ancêtres.

« Chevauchons, sire, a-t-il dit à son père, « M'étonne bien si nous allons voir Charles. » Baligant dit : « Oui, car il est très-brave : a En mainte geste il est fort honoré ; « Mais son neveu Roland, il ne l'a plus :

« Force n'aura pour tenir contre nous. » aoi.

a Beau fils Malprime, a repris Baligant, « Hier fut occis le bon guerrier Roland, « Sire Olivier, le preux et le vaillant,

«c Les douze pairs que Charles aimait tant, a Puis avec eux vingt mille combattants, a Les autres tous, je ne les prise un gant.

««Leur empereur revient assurément.

a Mon messager dit que Charles le Grand a A mis sa troupe en dix bataillons grands.

« Un brave preux sonne au cor de Roland ;

(1) Ne pas confondre ce Malprime avec Malprimis de Brigal^ qui a été tué par Angelier. Voir page 66.

a Son ami va dans un clairon soufflant; a Us sont tous deux les premiers en avant, a Et sont les cbe£s de quinze mille Franks , « Que Charlem^gne ftppelle ses erdauits.

« Après ceux-ci il en vient bien mtant.

(c Ils frapperont tr^-orgueUleusement ! i»

Malprime d|t : a J'en dequanAe le gant (1). i» 401.

— a Mo» fils MftlB^ûne , a répofid^ Féiftif, « Ce que nx'avez damap4é ^ je l'octroi^ ; (c Vous frapperez le jjr^mier les Fr^Dçsds , <c Vous mèqerez f orleu, le roi ^e Pers^ , tt Et ^(ipa^Qft, roi àe litt^nnnie.

a Si vous pouvez mater le grand orgueil, « Vous recevrez un pan de mon pays , c( Depuis Cl^Ma^ jusques a|i vj^l Marquis, f Le fils répoq4 • ^i^ vpi|s e^ r^inercie. p Il s'avança, le 4an U repueiUit ;

C'était jadwf ia tewi m m Fl^ury ; Mais depuis lors JK&aaif U n§ la. vit, Et n'en fat f^ mve^ m 9fm.

(1) Le texte dit ; Le colp woa, ^n demaat. Voir paçe 45. J'ai encore conservé la rime en ont.

hh EJUXimM BB ROLAND. 163

ÏLIi

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