L AMBASSADE ET LE CRIME DE GANELON
oila Ganelon qui chevauche sous de hauts
oliviers.
Il a rejoint les messagers sarrasins :
Blancandrin , pour l'attendre, avait ralenti sa marche.
Tous deux commencent l'entretien, tous deux y sont habiles :
370 <r Quel homme merveilleux que ce Charles! » s'écrie Blancandrin.
« Il a conquis la Calabre et la Pouille, «. Constantinople et la vaste Saxe :
<r 11 a passé la mer salée, afin do mettre la main sur l'Angleterre,
::7-J. Sur l'Angleterre, etc. Ces deux I critiques. IN prouvenl que l'auteur du vers méritenl il'' fixer l'attention des | Roland avait des raisons toutes spéciales
« Et il a conquis le tribut pour saint Pierre. « Mais pourquoi vient- il nous poursuivre chez nous? 375 « — Telle est sa volonté , » dit Ganelon ,
« Et il n'y aura jamais d'homme qui soit de taille à
lutter contre lui.
Aoi.
« Quels vaillants hommes que les Français ! » dit
Blancandrin :
« Mais vos comtes et vos ducs font très grand tort « A leur seigneur, quand ils lui donnent tel conseil ; 380 « Ils perdent Charles, et en perdent bien d'autres
avec lui.
« — Je n'en sais vraiment pas un, » dit Ganelon,
« qui mérite ce blâme, « Pas un , si ce n'est Roland ; et il n'en tirera que
de la honte.
« L'autre jour encore, l'Empereur était assis à l'ombre. « Son neveu vint devant lui.
pour se préoccuper de l'Angleterre. A coup sur, s'il n'y habitait pas, il n'était pas étranger à la race des conquérants de 1066.
373. Il en a conquis le tribut pour saint Pierre. C'est une allusion évidente au Denier de saint Pierre. Offa , roi de Mercie (f 796), en fut le véritable instituteur. Comme il attribuait ses victoires au Prince des apôtres, il lui promit, en son nom et en celui de ses successeurs , un tribut annuel de trois cents marcs.
Éthelwoff, père d'Alfred, renouvela la promesse d'Offa, pendant son séjour à Rome en 855. Alfred lui-même, dès qu'd eut soumis les Danois, envoya le tribu annuel rétabli par son père, et sous le règne d'Edouard (900-924) on parlait du Denier île saint Pierre comme d'une contribution régulière. C'est donc à tort que notre poète attribue à Charles cette institution célèbre ; mais, touchant la date originelle, il ne se trompe point,
vêtu de sa broigne :
et Olïa était, en effet, un contemporain de Charlemagne.
38i. Broigne. La broig ne, dans notre poème, est absolument le inème vêtement
que le haubert. = La broigne était, à l'origine, une tunique de peau ou d'étoffe de plusieurs doubles, sur laquelle on cousait des plaques métalliques, des bandes
385 « C'était près de Carcassonne, où il avait fait riche butin.
« Dans sa main il tenait une pomme vermeille : « Tenez, beau sire, » dit-il à son oncle, « Voici les couronnes de tous les rois que je mets à
vos pieds. »
« Tant d'orgueil devrait bien trouver son châtiment. 390 « Chaque jour il s'expose à la mort.
« Que quelqu'un le tue : nous n'aurons la paix qu'à ce prix. » Aoi.
« Ce Roland, » dit Blancandrin, « est bien cruel
« De vouloir faire crier merci à tous les peuples,
« Et mettre ainsi la main sur toutes les terres !
395 « Mais, pour une telle entreprise, sur quelle gent compte -t- il?
« — Sur les Français, » répond Ganelon.
« Ils l'aiment tant, qu'ils ne lui feront jamais défaut.
« Il ne leur refuse ni or ni argent
« Ni destriers, ni mules, ni soie, ni armures;
« A l'Empereur lui-même il en donne autant que
Charles en désire.
« Il conquerra le monde jusqu'à l'Orient.
Aoi.