Balaguer. V. I. te du
= Tudela. C'est Tudela, en Navarre, sur les confins de l'Aragon, de la Navarre et de la Caslillc = Séville. Nous traduisons ainsi le mol Sébilie. Il s'agit évidemment de Séville, dont notre poète
i- nit avait vaguement entendu par- Ici-, ri qu'il s'imaginait être située au nord de l'Espagne.
•207. Deux de vos comtes, etc. Le récit détaillé de l'ambassade de Basin ol de Basile se trouve dans la Prise de Pampelune, poème du commencement du xiv siècle, mais écrit d'après des données traditionnelles. Nous en avons donné l'analyse dans uns Epopées françaises, lre édition, II. 366-376, et .M. Mussalia en a publié le texte (Vienne, IU64
220 « Vous auriez tort d'en croire les fous , » dit-il au Roi , « Les autres ou moi ; n'écoutez que votre avantage. « Quand le roi Marsile vous fait savoir « Qu'il est prêt à devenir, mains jointes, votre vassal; « Quand il consent à tenir toute l'Espagne de votre main 225 « Et à recevoir notre foi ,
« Celui qui vous conseille de rejeter de telles offres <s N'a guère souci de quelle mort nous mourrons. « Conseil d'orgueil ne doit pas l'emporter plus longtemps.
« Laissons les fous, et tenons-nous aux sages. » Aoi.
230 Naimes alors s'avance à son tour :
II avait la barbe blanche et tout le poil chenu;
Dans toute la cour il n'est pas de meilleur vassal.
« Vous l'avez entendue, » dit-il au Roi,
« La réponse du comte Ganelon.
« Sage conseil, pourvu qu'il soit suivi! 235 « Le roi Marsile est vaincu dans la guerre.
« Vous lui avez enlevé tous ses châteaux,
« Vos machines ont brisé tous ses murs ;
« Vous avez brûlé ses villes, vous avez battu hommes.
ses
230. Naimes. G'esl dans une chanson du XIIe siècle, c'esl dans Aubri le Bourgoing, que nous trouvons le récil de la naissance et des enfances de Naimes. Fils de Gasselin, roi de Bavière, et de la reine Seneheult, il n'échappe qu'à grand'peine à la haine
d'un ususpateur, no lé Cassile (c'est
le Tassillon de l'histoire). Charlemagne vient au secours t\f l'héritier légitime . qu'il rétablit : de là cette profonde affection du Bavarois pour l'Empereur. 11 joue un grand rôle dans Aspremont, mais surtout dans Acquiu (xne siècle),
où son duel avec le roi norois met fin à la guerre de Bretagne. Sa mort est racontée dans Anseïs de Carthage, méchant poème de la décadence, et qui n'a rien de traditionnel. (B. N. fr. 7(J3, f° 92.) En résumé, c'est dans Aubri, et surtout dans Roland, que se trouvent les meilleurs éléments de sa légende.
= Il est le Nestor de nos Chansons t\o geste, et nos poètes le représentent partout sous les traits d'un vieillard prudenl et sage. Tel conseillier n'orent onques li Franc : ce vers d'Aspremont résume tout son portrait.
« Or il ne vous demande aujourd'hui que d'avoir
pitié de lui. "210 » Ce serait péché que d'exiger davantage,
« D'autant que par ses otages il vous offre toute
garantie.
« Vous n'avez plus qu'à lui envoyer un de vos
barons, « Car il est temps que cette grande guerre prenne
fin. »
Tous les Français de dire alors : ce Le Duc a bien parlé. » Aoi.
« Seigneurs barons, quel messager pourrons -nous envoyer 245 « Vers le roi Marsile à Saragosse?
« — J'irai, si vous le voulez bien, » répond le duc
Naimes.
« Donnez -moi sur-le-champ le gant et le bâton. « — Non, » répond le Roi, « vous êtes un homme
sage.
« Par la barbe et les moustaches que voici, 250 « Vous n'irez pas à cette heure aussi loin de moi.
Aoi.
« Rasseyez -vous, je vous l'ordonne. »
Seigneurs barons, quel messager pourrons-nous envoyer a Vers le Sanasin qui règne à Saragosse? « — J'y puis fort bienaller, » s'écrie Roland. 255 Non, certes, répond le comte Olivier.
t Vous avez un cœur trop ardenl et farouche;
256i Vous avez un ccrur trop ardent\ celui de Roland sonl iii mieux dessinés rt farouche. Le caractère d'Olivier el rque dans tous nos autres poèmes, oh-
« J'aurais souci pour vous d'une méchante affaire « J'irai plutôt s'il plaît au Roi. »
L'Empereur baisse la tète :
« Taisez-vous tous les deux, » répondit-il; 260 « Vous n'y mettrez les pieds ni l'un ni l'autre. « Par cette barbe blanche que vous voyez, « J'entends qu'on ne choisisse aucun des douze
pairs. »
Les Français se taisent; les voilà cois. Aoi.
Turpin de Reims se lève, sort de son rang,
Et interpelle Charles de sa grande et haute voix :
265 « Beau sire roi, laissez en paix vos Francs. « Vous êtes depuis sept ans dans ce pays, « Et vos barons n'y ont eu que travaux et douleurs. « C'est à moi, Sire, qu'il faut donner le gant et le
bâton.
« J'irai trouver le Sarrasin d'Espagne,
270 « Et lui dirai un peu ma façon de penser. » L'Empereur, plein de colère, lui répond : « Par cette barbe, vous n'en ferez rien; <• Allez vous rasseoir sur ce tapis blanc,
vier y esl le type du courage réfléchi, et Roland nous offre celui du courage sans calcul d sans modération : Roilanz est pruz , e Oliviers est sages. (V. 1093.)
262. Les douze Pairs. L'origine des douze Pairs esl complexe, hune pari, il esl certain que le compagnonnage militaire esl essentiellement une idée germanique, et les douze Pairs ne sont en réalité que les membres d'un compagnonnage de ce genre : on les appelle même « les douze Compagnons ». Mais, d'autre pari , le chiffre douze, bien qu'il soit consacré parmi les tribus germaniques, nous semble d'origine chré-
tienne. Bref, on a donné à Charles douze Pairs, parce que le Christ avait eu douze apôtres. = .M. G. Paris (Histoire poétique de Charlemagne, p. 417) dit que la conception des douze Pairs n'apparaît pas dans notre poésie primitive. Cette opinion nous semble excessive, puisque nous trouvons les douze Pairs dans le Roland, dans le Voyage à Jérusalem, dans la Karlamagnus Saga el même dans Ogier, quoique avec moins de précision. Il n'est pas plus exad de dire qu'ils figurent uniquemenl dans la guerre d'Espagne, puisque nous les trouvons dans Renaus de Montauban, dans le Voyage, dans Fierabras et dans Simon de Rouille.
Et ne vous avisez plus de parler, à moins que je ne vous l'ordonne. » Aoi.
« Chevaliers francs , » dit l'empereur Charles , 275 «. Élisez-moi un baron de ma terre,
« Qui soit mon messager près de Marsile ,
« Et qui, au besoin, puisse se battre comme il faut.
« — Eh ! » dit Roland , « ce sera Ganelon , mon
beau-père ; « Si vous le laissez ici, vous n'en enverrez point de
meilleur.
« — Il s'en acquitterait fort bien, » s'écrient tous les
Français.
« Et, si le Roi le veut, il est trop juste qu'il y aille. »
Aoi.
280 « Ganelon, » dit le Roi, avancez près de moi a Pour recevoir le bâton et le gant.
« C'est la voix des Francs qui vous désigne : vous
l'avez entendu.
« — Non , » répond Ganelon , « tout cela est l'œuvre
de Roland.
281. Le bâton et /<• gant, c Le ganl étail surtout employé comme symbole.
Jeter sou ganl . c'était provocation ; lf présenter, c'était soumission. » (J. Quicherat, Histoire du costume, \>. L44.) La principale mis-ion de nos ambassatlem - épiques consiste ■< jeter un défi solennel : de là , le ganl qu'on leur confie. Cf. I'- i écil 'le l'ambassade de Lohier dans li.uimis de Monlauban, édit. Midi. ■ !. mi , p. 1 1 : Or li dones errant le gant et If. baston , etc.
303. Su,* bliaud. C'est un vêtement qui se i'"i te en guei i e sous la (unique de mailles . el en paix -mi- le manteau
de fourrure. « On conserve au musée de Munich un bliaud des premières années du xie siècle qui |ias>c pour avoir appartenu a l'empereur Hem i II. Il est de soie blanche damassée, bordé a toutes se- ouvei lu ii 's d'une autre soir brochée dont la couleur paraît avoir été violette. Tout le long des bordures est cousue de la ganse de soie verte. Ce vêteluoni n'a qu'un mètre huit centimètres de hauteur. Relevé par la ceinture, il ne devail pas atteindre les genoux. »
(J. Quicherat , //' ■ oslume en
France, 1875, p. 139.)
« Et plus jamais je ne l'aimerai de ma vie. 285 « Et je n'aimerai plus Olivier, parce qu'Olivier est son ami.
« Et je n'aimerai plus les douze Pairs, parce qu'ils
l'aiment.
« Et là, sous vos yeux, Sire, je leur jette mon défi. « — C'est trop de colère, » dit le Roi. « Puisque je l'ordonne, vous irez.
290 « — J'y puis aller, mais c'en est fait de moi,
« Comme jadis de Basile et de son frère Basan. »
Aoi.
« Je vois bien, » dit Ganelon, «. qu'il me faut aller
à Saragosse.
« Qui va là-bas n'en revient point.
« Sire, n'oubliez pas surtout que votre sœur est ma
femme.
295 « J'en ai un fils; on ne pourrait trouver de plus bel
enfant.
« C'est Baudouin, qui, s'il vit, sera un preux. « Je lui laisse mes terres et mes fiefs; « Gardez-le bien; car je ne le reverrai plus de mes
yeux.
« — Vous avez le cœur trop tendre, » lui répond
Charles.
300 « Puisque je vous L'ordonne, il faut y aller. » Aoi.
Le comte Ganelon en est tout plein d'angoisse : 11 rejette de son cou ses grandes peaux de martre , Et reste avec son seul bliaud de soie. Il a les yeux vairs et très fier le visage; 305 Son corps est tout gracieux, larges sont ses cotés;
Ses pairs ne le peuvent quitter des yeux , tant il est beau . <( Fou, » dit-il à Roland, « pourquoi cette rage? « On le sait assez que je suis ton beau-père. « Ainsi tu m'as condamné à aller vers Marsile ! .310 « C'est bien; mais si Dieu permet que j'en revienne, « J'attirerai sur toi tel deuil et tel malheur, « Qui dureront autant que ta vie.
« — Orgueil et folie, » répond Roland. <( On sait trop bien que je ne prends nul souci des
menaces.
315 « Mais, pour un tel message, il faut un homme sage. « Et, si le Roi le veut, je suis prêt à le faire à votre
place. » Aoi.
« Tu n'iras point à ma place, » dit Ganelon.
« Tu n'es pas mon vassal, et je ne suis point ton
seigneur.
« Charles ordonne que je fasse son service : 320 « J'irai donc à Saragosse , vers Marsile ; <( Mais j'y ferai quelque folie « Pour soulager ma grande colère. »
Lorsque Roland l'entend, il commence à rire. Aoi.
Quand Ganelon voit que Roland rit de lui, 325 II en a telle douleur, que, de colère, son cœur est tout près de se fendre.
Peu s'en faul qu'il n'en perde le sens;
« Je no vous aime pas, » dit-il au comte Roland:
• Vous avez t'ait sur moi tomber ce choix injuste.
« Droit Empereur, me voici devant vous, 330 Tout prêl à remplir votre commandement. Aoi.
330. Le couplet suivant n'esl pas dans] n'avons pas donné de numéros d'ordre le manuscrit d'Oxford : c'esl | •■ >u n pu >i aux vers qui le composent. Il en sera nous Pavons imprimé en italiques, et I ainsi pour toutes les additions que nous
« Beau sire Ganelon, » lui dit Charles, « écoutez :
« Vous allez, je le sais, partir pour ce message.
« Vous direz de ma part à Marsile
« Qu'il devienne, mains jointes, mon vassal,
« Et qu'il ait à recevoir le saint baptême.
« Je lui veux donner en fief la moitié de l'Espagne ;
« L'autre moitié sera pour Roland le baron.
« Si Marsile ne veut pas accepter cet accord,
« Sous les murs de Saragosse j'irai mettre le siège,
« Je le ferai prendre et lier de force.
« On le mènera tout droit à Aix, siège de l'Empire;
« Un jugement y finira sa vie,
« Et il y mourra en grand deuil et en grande honte.
« Prenez donc cette lettre, qui est munie de mon
sceau, « Et remettez-la au païen dans le 'poing droit. Aoi.
L'Empereur tend ù Ganelon le gant de la main droite ; Mais le comte voudrait bien n'être point là. Comme il va pour le saisir, le gant tombe par terre. « Dieu! " s'écrient les Français , « que va-t-il arriver? 335 « Ce message sera pour nous la cause de grands malheurs.
« — Vous en saurez des nouvelles, » leur répond
Ganelon.
Aor.
ferons au texte original, pour toutes les lacunes que nous comblerons. Et nous ne les comblerons jamais , comme nous l'avons dit. qu'à l'aide du plus ancien manuscrit de Venise, qui est noire source la plus précieuse, e1 de lous nos
Remaniements ( textes de Paris , de Versailles, de Lyon, de Venise et de Cambridge). Voir, dans notre septième édition, les Notes pour l'établissement du texte, où nous donnons la raison de toLites ces additions,
Ganelon dit à l'Empereur : « Donnez-moi congé,
Sire; « Puisqu'il faut y aller, je n'ai plus de temps à perdre. « — Allez, » dit le Roi, « pour l'honneur de Jésus et pour le mien. »
340 Et, de sa main droite, il fait sur Ganelon le signe de la croix; il lui donne l'absolution, Puis lui remet le bâton et la lettre. Aoi.
Le comte Ganelon s'en va dans sa maison
Et se prend alors à revêtir ses armes,
Les meilleures qu'il y peut trouver.
345 A ses pieds il fixe les éperons d'or,
A son côté ceint Murgleis, son épée,
Et monte sur son destrier Tachebrun.
Son oncle Guinemer lui tient l'étrier.
Que de chevaliers vous eussiez vus pleurer ! 350 Et tous : « 0 baron, » lui disent-ils, « quel malheur pour vous !
« 11 y a si longtemps que vous êtes à la cour du Roi
« Et que l'on vous y tient pour un noble vassal !
« Quant à celui qui vous a désigné pour aller là-bas,
« Charlemagne lui-même ne saura le défendre. 355 «. Jamais le comte Roland n'eût dû avoir une telle pensée :
« Car vous êtes d'un si haut parentage ! »
Pais : « Seigneur, » lui disent-ils, « emmenez-nous.
« — A Dieu ne plaise, » répond Ganelon.
« — Tant de bons bacheliers mourir! non, plutôl mourir seul.
:'>•'»<) " Vous, seigneurs, retournez en douce France. ^ <t Saine/ nia femme île ma part:
(( Saluez aussi Pinabel, mon ami et mon pair, « Et mon fils Baudouin, que vous savez. « Défendez-le bien, et gardez-lui son fief. » 365 Alors Ganelon entre en sa voie, et s'achemine vers Saragosse. Aoi.
Fig. 12. — G.inelon met la main à son épée, et on tire la longueur de deux doigts.
(Vers 443, 444.)
(Composition de Perat.)