‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 27 sur 89 · Soie, dans l'original :palie. Nous · texte numérisé non relu

Soie, dans l'original :palie. Nous

possédons I sans vouloir ici iv nier

plus haut i il«s textes t\u Ve siècle, où h- mol pallium a le >ons do .. tapisserie a ou t tapis ». I >.uis les plus anciens monuments de notre langue, et en par* ticulier dans nos premières Chansons degi ste, pâlie signifie une étoffe do prix el, plus exactement, une étoffe de soie,

En ce moment Ganelon a un tremblemant dans tout

le corps, Et Blancandrin lui adresse aussitôt ce discours : « Entendez-moi bien, » lui dit-il.

« Voulez-vous vous venger de Roland?

« Eh bien ! par Mahomet, livrez -le -nous, « Le roi Marsile est plein de courtoisie, « Et il vous abandonnera volontiers ses trésors. » Guenes l'entend, et baisse le menton. Aoi.

Ils ont tant chevauché, Ganelon et Blancandrin,

Qu'ils ont fini par s'engager mutuellement leur foi

Pour chercher le moyen de faire périr Roland. 405 Ils ont tant chevauché par voies et par chemins,

Qu'ils arrivent à Saragosse. Ils descendent sous un if.

A l'ombre d'un pin il y a un trône

Enveloppé de soie d'Alexandrie.

C'est là qu'est assis le roi maître de toute l'Espagne. MO Vingt mille Sarrasins sont autour de lui ;

Mais on n'entend, parmi eux, sonner ni tinter un seul mot,

Tant ils désirent apprendre des nouvelles.

Voici venir Ganelon et Blancandrin. Aoi.

Devant Marsile s'avance Blancandrin, 415 Qui par le poing tient le comte Ganelon :

408. Soie d'Alexandrie, dans l'original : polie alexandrin. La ville <hi inonde la plus renommée pour ses étoffes de prix était Alexandrie. « Ses pâlies ou pailes sont devenus un lieu commun de nos Romans, où ils sont nommés à chaque vers. » Et ces mentions ne sont pas moins fréquentes dans les écrivains

arabes, g Alexandrie était en réalité l'entrepôl des marchandises de l'Orient et de l'Occident, le marché principal où venaient s'approvisionner les gros négociants du moyen âge. Les pâlies furent jusqu'au XVe siècle le principal ohjet de ce commerce. » (Fr. Michel, Reclierches sur le commerce, la fabrication et

« Salut, » dit-il, « au nom de Mahomet « Et d'Apollon, dont nous observons la loi. « Nous avons fait votre message à Charles. « Il a levé ses deux mains vers le ciel, 420 « A rendu grâces à son Dieu, et point n'a fait d'autre

réponse ; <r Mais il vous envoie un de ses nobles barons, « Qui est un très puissant homme de France. « C'est par lui que vous saurez si vous aurez la paix

ou non.

« — Qu'il parle, » dit Marsile, « nous l'écoute-

rons. » Aoi.

425 Ganelon cependant prend son temps pour réfléchir, Et commence à parler avec un grand art. Comme celui qui très bien le sait faire : « Salut, » dit-il au Roi, « salut au nom de Dieu, De Dieu le glorieux que nous devons adorer. Voici ce que vous mande Charlemagne le baron : Vous recevrez la sainte loi chrétienne, Et Charles vous daignera laisser en fief la moitié de l'Espagne.

« L'autre moitié sera pour Roland, le baron. « (L'orgueilleux compagnon que vous aurez là !) « Si vous ne voulez point de cet accord,

l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, I. p. 279.) Il convient d'ajouter qu'Alexandrie recevait, par les caravanes, des étoffes de la Perse et de l'Inde.

'loi. Vous recevrez, etc. L'insolence est le caractère particulier de tous les ambassadeurs île mis Chansons. On peut rapprocher île ce discoui s île ( ;.inelon le laineux discours 'le Lohier au duc Beuves d'Aigremonl , qui se lit au commencerai ni de Benaus de Montaubun : c'esl un type. I.e Dieu qui lit

la terre, le ciel et la rosée, le chaud, le froid cl la mer salée, puisse ce Dieu sauver Charles, roi de la terre honorée, et toute sa maison qui est vaillante et sage ! Kl puisse ce même Dieu confondre le duc Beuves, avec toute sa chevalerie que je vois ici assemblée!... Si lu ne Consens point à servir Charles, sache que tu seras pendu au haut d'un arbre ramé, comme un voleur. Et peu s'en

faut que je ne le tue ici tuélIlC de

mon épée d'acier. Édit. Vlichelanl .

pp. I î et 15

« Sous Saragosse il ira mettre le siège :

« Vous serez pris, vous serez garrotté de force,

435 « Et l'on vous conduira à Aix, siège de l'Empire. « Un jugement y finira vos jours, « Et vous y mourrez dans la vilenie, dans la honte.» Le roi Marsile fut alors saisi de frémissement : Il tenait à la main une flèche empennée d'or ;

440 II en veut frapper Ganelon ; mais par bonheur on le retient. Aoi.

Le roi Marsile a changé de couleur Et brandit dans sa main le bois de la flèche. Ganelon le voit , met la main à son épée , Et en tire du fourreau la longueur de deux doigts : -*""" « Epée, » lui dit-il, a vous êtes claire et belle. « Tant que je vous porterai à la cour de ce roi, « L'Empereur de France ne dira pas « Que je serai mort tout seul au pays étranger. « Mais, avant ma mort, les meilleurs vous auront

payée de leur sang.

« — Défaisons la mêlée, » s'écrient les Sarrasins. Aoi.

Les meilleurs des païens ont tant prié Marsile, Que sur son trône il s'est enlin rassis. Et le Calife : « Vous nous mettiez, » dit-il, « en vilain cas,

489. Une flèche, le texte porte atgier (cf. v. 2075). L'étymologie de ce mot est anglo-saxonne : ategar est le nom du javelot saxon, et l'on ne trouve, en réalité, ce mot que dans les textes d'origine anglaise. (Florent de Worchester ; Guillaume de Malmesbury, De gest.

Angl., cap. xn, Hoveden. Cf. le Gloss.

anglo-saxon de Somner; Hallivvell, au mot Algere, et surtout Ducange au mot Alegar.) Le texte de Florent de Wor-

chester est des plus précieux : « In manu sinistra clypeum cum urnbonv* bus aureis et clavis deauratis ; in da» tera lanceam auream quœ lingua Anglorum hategar nuncupatui\» C'est tout à fait notre atgier ki d'or fut empenez. = Cette étymologie est des plus importantes : comme ce mot n'a jamais été usité qu'en Angleterre, il semble raisonnable de conclure que le poème où il se trouve a été écrit en Angleterre.

« Quand vous vouliez frapper le Français. i.V) <s II fallait l'écouter et l'entendre.

« — Sire, » dit Ganelon, «" je veux bien souffrir cet affront :

« Mais oncques je ne consentirais pour tout l'or que Dieu lit,

« Ni pour tous les trésors qui sont en ce pays,

« A ne pas dire, si l'on m'en laisse le loisir, 460 « Le message que Charles, le roi très puissant,

« Vous mande à vous, son ennemi mortel. »

Ganelon était vêtu d'un manteau de zibeline,

Couvert de soie d'Alexandrie.

Il le jette à terre, et Blancandrin le reçoit; 465 Mais, quant à son épée, point ne la veut quitter :

En son poing droit la tient par le pommeau d'or.

« Voilà, » disent les païens, « voilà un noble baron! »

Aoi.

Ganelon s'est approché du Roi :

a Vous vous emportez à tort, » lui a-t-il dit :

î-Cm. Quant à son épée. L'épée, qui est l'arme chevaleresque par excellence , présente quatre parties : I" la lame, qui

est à gouttière; 2° le hèlz ou les ■■ quil-

nii.

ii-'<).

Ions », lesquels sonl droits ou recourbés vers la pointe ; 3° la poignée, qui est grêle et étroite; 1° le pommeau, qui

esl creux e1 serl de reliquaire. Voii notre Éclaircissement III. sur le costume de guerre, e1 1rs figures ci -conti e il après oeuf s< eaux des \r -\ir siècles.

470 « Celui qui tient la France, Charlemagne, vous mande « Que vous ayez à recevoir la loi chrétienne , « Et il vous donnera en fief la moitié de l'Espagne. « Quant à l'autre moitié, elle est pour son neveu

Roland.

« (L'orgueilleux compagnon que vous aurez là ! )

475 « Si vous ne voulez pas accepter cet accord, « Charles viendra vous assiéger dans Saragosse. « Vous serez pris, vous serez garrotté de force, « Et mené droit à Aix, siège de l'Empire. « Pour vous pas de destrier ni de palefroi ;

480 « Pas de mulet ni de mule où l'on vous laisse chevaucher.

« On vous jettera sur un méchant cheval de charge ; « Et un jugement vous condamnera à perdre la tête. « Voici la lettre que vous envoie notre Empereur. » Il la remet au païen dans le poing droit. Aoi.

485 Marsile était savant, était lettré,

Et avait été aux écoles de la loi païenne.

Il brise le sceau, il en fait choir la cire,

Jette un regard sur la lettre, et voit tout ce qui est écrit :

17 pleure des yeux, tire sa barbe blanche,

Se lève, et, d'une voix retentissante :

« Écoulez, seigneurs, quelle folie.

« Celui qui a la France en son pouvoir, Charles, me mande

« De me souvenir de la colère et de la grande douleur, 490 « C'est-à-dire de Basan et de son frère Basile,

« Dont j'ai pris les têtes aux monts de Haltoïe.

« Si je veux racheter la vie de mon corps,

« Il me faut lui envoyer le Calife, mon oncle,

« Autrement il ne m'aimera plus. »

Pas un païen n'ose dire un seul mot, 495 Et seul, après Marsile, son fils prend la parole :

« Ganelon a parlé follement, » dit -il au Roi.

« Son langage mérite la mort.

« Livrez -le -moi, j'en ferai justice. »

Ganelon l'entend, brandit son épée, 500 Et contre la tige du pin va s'adosser. Aoi.

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