Déjà il prit '• i la note du v
« Et livrèrent bataille à Roland, le bon vassal.
« II les tua du tranchant de son épée Durendal :
« Ensuite il fit laver à grande eau le pré ensanglanté,
« Afin qu'il n'y parût plus rien.
1780 « Pour un lièvre Roland corne toute la journée.
« Avec ses pairs sans doute il est en train de rire :
« Et puis qui oserait attaquer Roland? Personne.
« Chevauchez , Sire ; pourquoi faire halte ?
« Le grand pays est très loin devant nous. » Aoi.
GLIX
1785 Le comte Roland a la bouche sanglante;
De son front la tempe est brisée.
Il sonne l'olifant à grande douleur, à grande angoisse,
Charles et tous les Français l'entendent,
Et le Roi dit : « Ce cor a longue haleine ! 1790 « — Roland, » dit Naimes, « c'est Roland qui souffre là-bas.
a Sur ma conscience, il y a bataille,
« Et quelqu'un a trahi Roland : c'est celui qui feint avec vous.
« Armez -vous, Sire, jetez votre cri de guerre
« Et secourez votre noble maison :
1795 <r Vous entendez assez la plainte de Roland. » Aoi.
L'Empereur fait sonner tous ses cors; Français descendent, et les voilà qui s'arment De heaumes, de hauberts, d'épées à pommeaux d'or; Ils ont de beaux écus, de grandes et fortes lances, 1800 Des gonfanons blancs, rouges, bleus.
Tous les barons du camp remontent à cheval; Ils éperonnent, et, tant que durent les défilés, Il n'en est pas un qui ne dise à l'autre :
« Si nous voyions Roland avant sa mort , 1805 « Quels beaux coups nous frapperions avec lui ! » Las! que sert! En retard! trop en retard!
GLXI
Le soir s'est éclairci, voici le jour.
Au soleil reluisent les armes; Heaumes et hauberts jettent des flammes, 1810 Et les écus aussi, si bien peints à fleurs, Et les lances, et les gonfanons dorés.
L'Empereur chevauche, plein de colère; Tous les Français sont tristes, sont angoisseux; Il n'en est pas un qui ne pleure à chaudes larmes; 1815 II n'en est pas un qui ne tremble pour Roland.
Cependant l'Empereur a fait saisir le comte Gane-
lon, Et l'a livré aux gens de sa cuisine.
Charles appelle leur chef, nommé Begon : « Gardez-moi bien cet homme, » dit-il « comme un traître 1820 « Qui a vendu toute ma maison. »
Begon alors prend Ganelon, et met après lui cent
compagnons De sa cuisine, des meilleurs et des pires, Qui vous lui épilent la barbe et les moustaches. Puis chacun vous lui donne quatre coups de son
poing; 1825 Ensuite ils vous le battent rudement à verges et à
bâtons :
Ils vous lui mettent une grosse chaîne au cou ; Ils l'enchaînent enfin comme on ferait un ours, Et le jettent ignominieusement sur un cheval de
charge.
C'est ainsi qu'ils le gardèrent jusqu'au moment de le
rendre à Charles. A.01.
1830 Comme les montagnes sont hautes, énormes etiénébreuses !
Comme les vallées sont profondes! comme les torrents sont rapides !
Par derrière, par devant, sonnent les trompettes de Charles ,
Qui toutes répondent au cor de Roland.
L'Empereur chevauche , plein décolère.
1835 Les Français sont en grande fureur et tout angoisseux.
Il n'en est pas un qui ne pleure et ne sanglote,
Pas un qui ne prie Dieu de préserver Roland
Jusqu'à ce que, tous ensemble, ils arrivent sur le champ de bataille.
Ah ! c'est alors qu'avec Roland ils frapperont de rudes
coups
1840 Mais, hélas! à quoi bon? Tout cela ne sert de rien : Ils ne peuvent arriver à temps. En retard! en retard!
Aoi.
Le roi Charles chevauche en très grande colère ; Sur sa cuirasse s'étale sa barbe blanche. Et tous les barons de France d'éperonner vivement ; 1845 Car il n'en est pas un qui ne soit plein de douleur De n'être point avec Roland le capitaine, Qui , en ce moment même , se bat contre les Sarrasins
d'Espagne.
Si Roland était blessé, un seul des siens, un seul
survivrait -il?
Mais, Dieu! quels soixante hommes il a encore avec lui!
1850 Jamais roi, jamais capitaine n'en eut de meilleurs.
Aoi.
GLXIV
Tant que durent les défilés, Charles chevauche.
Quelle douleur, quelle rage en son cœur !
« Sainte Marie! » s' écrie- 1 -il, « aidez-nous.
« Voici que Ganelon m'a jeté en grande tristesse.
<( Il est écrit dans une vieille geste
« Que les ancêtres de Ganelon furent des félons ;
« Les félonies, chez eux, étaient une habitude.
« 27s en firent une à Rome, au Capitole,
« Quand ils assassinèrent le vieux César.
« Mais ces maudits finirent mal
« Et moururent en feu ardent et angoisseux.
«. Ganelon est bien de leur nature.
« Il a perdu Roland, confondu ma gent,
« Et m'arrache vraiment la couronne de la tête.
« La France, pour se défendre, n'a plus de chevaliers ! »
Charles pleure des yeux, tire sa barbe blanche.
<( Malheureux! » disent les Français, « quelle douleur pour nous d'être nés ! »
Ils êperonnent tant que dure le passage des défilés;
Pas un ne retient la rêne à son cheval:
Mais, avant que les Français soient arrivés sur le champ de bataille,
Roland aura gagné la victoire
Et mis en fuite Marsile et ses païens. Aoi.
Fig. 18. — Le comte Roland rentre sur le champ de bataille ; — Dans son poing
est Durendal , et il s'en sert en brave. ( Vers 1869 , 1870.)
(Composition de Ferat.)