IL FAUT LA CONSIDERER UNIQUEMENT
comme symbolique, et c"est ce que prouvent jusqu'à l'évidence les vers plus haut cités de Raoul de Cambrai : Trois fuelles d'arbre receut per corpus domini. Eref, on ne se confesse à un laïque qu'a défaut de prêtre, on ne communie avec des feuilles qu'a défaut d'hostie. De ces deux rites il n'existe aucune trace dans le Roland, dont l'auteur nous paraît théologiquement plus exact que tous nos autres épiques.
2045 « Hé! ï s'écrie-t-il, « noble comte, vaillant homme,
où es -tu?
« Dès que je te sentais là, je n'avais jamais peur. « C'est moi, c'est moi, Gautier, qui conquis Maëlgut; « C'est moi, le neveu du vieux Drouon, de Drouon
le chenu ; « C'est moi que mon courage avait rendu digne d'être
ton ami.
« Je me suis tant battu contre les Sarrasins, 2050 « Que ma lance en est rompue et mon écu percé ; <r Mon haubert est en lambeaux, « Et mon corps est criblé de coups de lance. « Je vais mourir, mais je me suis chèrement vendu. » A ce mot, Roland Ta entendu; 2055 II pique son cheval et galope vers lui. Aoi.
« Sire Gautier, d lui dit le comte Roland,
Vous avez eu grande bataille contre la gent païenne ;
« Or vous étiez un brave et un vaillant
>< Et m'aviez emmené mille bons chevaliers.
« Ils étaient à moi, c'est pourquoi je vous les demande.
« Rendez-les-moi, car j'en ai grand besoin.
« — Morts, •> répond Gautier. « Plus ne les verrez,
a. Et j'ai laissé tous leurs corps sur le champ douloureux.
-( Nous avons là-haut trouvé tant de Sarrasins !
« II y avait des Chananéens, des Géants, des Arméniens et des Turcs,
« Et ceux de Ralise, qui sont leurs meilleurs soldais,
<( Sur leurs chevaux arabes qui vont si vite.
• Nous avons si rudement mené cette bataille, Que pas un païen ne s'en vantera.
« Soixante mille sont morts et gisent à tcrr>\
« Ah! nous nous sommes bien vengés, à coups de
nos épées d'acier, « Mais nous y avons perdu tous nos Français. « Les pans de mon haubert sont en pièces, « Et j'ai tant de blessures aux côtés et aux flancs, « Que le sang clair coule de toutes parts. « Tout mon corps va s' affaiblissant , « Et je sens bien que je vais mourir. « Je suis votre homme, Roland, et vous tiens pour
mon seigneur et mon appui.
« Si je me suis enfui, ne m'en blâmez. « — je n'en veux rien faire, » dit le comte Roland. « Mais, tant que vous vivrez, aidez-moi. » Roland est tout en sueur, de colère et de douleur. Il tranche en deux les pans de son bliaud Et se met à bander les flancs de Gautier. Aoi.
Roland est plein de douleur, Roland est plein de rage.
Dans la grande mêlée, il commence à frapper;
Il jette à terre vingt -cinq païens d'Espagne, raides
morts.
Gautier en tue six, l'Archevêque cinq.
20G0 <r Quels terribles hommes! » s'écrient les païens. « Prenons garde qu'ils ne s'en aillent vivants : « Honte à qui n'ira pas les attaquer ! « Honte surtout à qui les laisserait échapper ! » Alors recommencent les cris et les huées, 2065 Et de toutes parts les païens envahissent les trois Français.
Que Dieu, qui jamais ne mentit, que Dieu vienne à leur aide ! Aoi.
Fig. 20. — Les païens s'enfuient, et laissent Roland seul, — Seul et à pied.
(Composition de Zier.)