‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 56 sur 89 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Quand Turpin de Reims se sent abattu,

Quand il se voit percé de quatre coups de lance, 2085 II se relève en un instant, le brave; il se redresse,

Cherche Roland du regard, court vers lui

Et ne lui dit qu'un mot : « Je ne suis pas vaincu.

« Tant qu'un bon vassal est vivant, il ne se rend pas. »

Alors il tire Almace, son épée d'acier bruni, 2090 Et se lance en pleine mêlée, où il frappe plus de mille coups.

C'est Charlemagne qui en rendit plus tard le témoignage : Turpin ne fit grâce à aucun ,

Et l'Empereur trouva quatre cents cadavres autour de lui,

Les uns blessés, les autres tranchés par le milieu du corps,

Les autres privés de leurs têtes.

2095 Voilà ce que dit la Geste, et aussi celui qui était sur le champ de bataille,

2089. Almace. Almace est une des trois épées que le juif Malakin d'Ivin donna pour la rançon de son père Abraham. Les deux autres étaient Durendal et Courtain. (Bibl. de l'École des chartes, XXV, 101.) = L'épée de Turpin est une de celles qui furent essayées sur le perron d'acier du palais de Char-

lemagne, à Aix. Elle résista à l'épreuve. 2095-2098. Voilà ce que dit la Geste... et saint Gilles. Saint Gilles a été mêlé d'une façon très intime à la légende de Charlemagne. Historiquement parlant, il a vécu sous Charles Martel ; mais nos poètes le font vivre sous le iils de Pépin, et c'est lui qui lut, dit-on, sur

Le baron saint Gilles, pour qui Dieu fit des miracles.

Il en écrivit le récit au moutier de Laon.

Qui ne sait ces choses n'y entend rien. Aoi.

Il se bat noblement, le comte Roland : 2100 II a tout le corps en sueur et en feu ;

Mais surtout quel mal, quelle douleur dans la tête!

D'avoir sonné son cor sa tempe est tout ouverte;

Toutefois il voudrait bien savoir si Charles viendra.

De nouveau il prend son cor et en tire un son, bien faible--, hélas !

2105 L'Empereur, là-bas, s'arrêta et l'entendit :

« Seigneurs, » dit-il, « tout va mal pour nous,

« Et mon neveu Roland va nous manquer aujourd'hui.

« Aux sons de son cor, je vois qu'il n'a plus longtemps à vivre.

« Si vous désirez arriver à temps, pressez vos chevaux.

un parchemin tombé du ciel, le péché dont le grand Empereur n'avait pas voulu se confesser. Ce dernier fait es! relaté dans un vitrail de Chartres et dans nos textes liturgiques. (Adam do Saint- Victor, Promut pia vox , etc. Cf. la Légende dorée.) = Ayant été mêlé, dans cel épisode, à l'histoire poétique du grand Empereur, sainl Gilles le fui sans doute plus profondément. Le Stricker (remaniement allemand du lluolandes Liet) nous montre à Roncevaux « l'immaculé saint Cilles, qui depuis longtemps vivait solitaire dans une grotte de France ». Un poème français il.- la décadence , Hugues Capet (p. 210 de l'édition de M. de la Grange), nous parle d'un vieillard qui fut en Baincheval où Roland fut perdu, et qui lit vœu de se faire ermite s il échappail au désastre. .Mais le document le plus précieux que l'eu puisse consulter suc cette tradition est la Keiser Karl Magnus's kronike. (Édit. de 1867, p. 130.) Après avoir énuméré les prodigi

annoncèrent la mort de Roland, l'auteur danois cite, à l'appui de son récit, le témoignage de saint Gilles : « Le même jour il arriva un grand miracle chez les Franks. Il se lit aussi obscur (pie s'il avait été nuit. Le soleil ne donna plus de lumière, et maint homme craignit pour sa vie. Saint Gilles dit que ce miracle arrivait à cause de Roland . parce qu'il devait mourir ce jour-là. » = Voila quelles sont les données de la légende au sujet de saint Cilles, lie la à le supposer l'auteur d'une Geste écrite,

ou d'un récit de ce COmbal dans une

charte conservée a Laon , il n'\ a pas laiu . pour qui connail les coutumes littéraires du moyen âge. « Il n'est pas étonnant, avons- nous dil ailleurs, qu'on ail mis sur le compte d'un saint aussi populaire une relation apocrj plie île la défaite de Roncevaux. i = li. ne km t

RIEN CHERCHER DE PLUS DANS LES QUATRE VERS QUI SON! L'OHJET DE CETTi:

NOTE : telle est notre conclusion.

2110 « Tout ce qu'il y a de trompettes dans l'armée qu'on les sonne ! »

Alors on sonne soixante mille trompettes, et si haut Que les monts en retentissent et que les vallées y

répondent.

Les païens les entendent, ils n'ont garde de rire : « C'est Charles qui arrive, » disent-ils l'un à l'autre, <r c'est Charles! s Aoi.

2115 « L'Empereur, » s'écrient les païens, « l'Empereur revient sur ses pas, « Et ce sont bien les trompettes françaises qu'on

entend.

« Si Charles arrive , quel désastre pour nous ! « Si Roland survit, c'est toute notre guerre qui

recommence, « Et l'Espagne, notre terre, est perdue. » 2120 Alors quatre cents d'entre eux se rassemblent, bien couverts de leurs heaumes, Parmi les meilleurs de toute l'armée païenne. Et voici qu'ils livrent à Roland un affreux, un horrible assaut.

Ah ! le Comte a vraiment assez de besogne. Aoi.

Quand le comte Roland les voit venir, 2125 11 se fait tout fier, il se sent plus fort, il est prêt. Tant qu'il aura de la vie, il ne se rendra pas : Plutôt la mort que la fuite.

2127. Veillantif. C'est dans la Chanson d'Aspremont (nous en possédons un manuscrit de la première moitié du xme siècle) que nous assistons à la conquête par Roland, encore enfant,

de l'épée Durendal et du cheval Veillanlif. Il les conquiert l'une et l'autre sur le jeune Eaumont, fils du roi païen Agolant. La scène de ces exploits est la Calabre.

Il monte son cheval Veillantif, De ses éperons d'or fin le pique, Et, au plus fort de la mêlée, court attaquer les païens. 2130 L'archevêque Turpin y va avec lui.

Et les Sarrasins : « Fuyez, amis, fuyez, » disent-ils

l'un à l'autre ; « Car nous avons entendu les trompettes de France. « Il revient, le roi puissant! Charles arrive! » Aoi.

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