‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 57 sur 89 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Jamais le comte Roland n'aima les lâches

2135 Ni les orgueilleux, ni les méchants,

Ni les chevaliers qui ne sont pas bons vassaux.

Il s'adresse à l'archevêque Turpin :

« Sire, » lui dit- il, « vous êtes à pied et moi à cheval.

« Par amour pour vous, je veux faire halte. 2140 « Nous partagerons ensemble le bien et le mal,

« Et pour aucun homme du monde, je ne vous abandonnerai.

« Tous les deux nous rendrons aux païens leur assaut ;

« Les meilleurs coups sont ceux de Durendal !

« — Honte à qui ne frappe pas de son mieux, » dit l'Archevêque.

« Après cette bataille nous n'en aurons plus d'autre. 2145 <( Charles arrive, qui vous vengera. » Aoi.

CLXXXYIII

« Nous sommes nés pour notre malheur, » disent les

païens.

« Et ce jour s'est levé pour nous bien funeste ! « Nous avons perdu nos seigneurs et nos pairs. « Et voilà que Charles, le baron, revient avec sa

grande armée :

2150 « Nous entendons d'ici les claires trompettes de ceux de France

« Et le grand bruit que fait le cri de Monjoie.

« Rien n'égale la fierté du comte Roland,

« Et il n'est pas d'homme vivant qui le puisse vaincre.

« Tirons de loin, et laissons-le sur le terrain. » 2155 Ainsi firent-ils. Ils lui lancent de loin dards et javelots,

Epieux, lances et flèches empennées;

Ils ont mis en pièces et troué Vécu de Roland ;

Ils lui ont déchiré son haubert, dont l'orfroi est enlevé ,

Mais point ne l'ont touché dans son corps. 2160 Pour Yelllantif, il a reçu trente blessures

Et sous le Comte est tombé mort.

Les païens cependant s'enfuient et laissent Roland seul,

Seul et à pied. Aoi.

Les païens s'enfuient, pleins d'effroi :

« Roland, » se disent-ils l'un à l'autre, « Roland

nous a vaincus, « Et le grand Empereur revient sur ses pas. « Entendez les clairons de l'armée française. « Attendre les Français, c'est être assuré de mourir. « Tant de nobles rois se sont déjà mis aux pieds de

l'Empereur!

« Ce n'est pas Marsile qui nous pourra jamais

sauver, « Et nous avons perdu la riche Espagne, « Si l'Émir ne vient la défendre pour nous. » Aoi.

2163. — Lacune comblée. Voir la note du v. 318.

Fig. 20. — L'archevêque ne peut s'empêcher de pleurer ; — Il élève et leur donne sa bénédiction. (Vers 2193, 2194.) (■Composition de Zier.)

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