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« Ami Roland, je vais retourner en France; 2910 « Et quand je serai dans ma ville de Laon,
« Des étrangers viendront de plusieurs royaumes • Me demander où est le Comte capitaine. » « Et je leur répondrai : « Il est mort en Espagne. » « En grande douleur je tiendrai désormais mon royaume ; 2915 « Il ne sera point de jour que je n'en gémisse et n'en pleure. Aoi.
« Ami Roland, vaillant homme, belle jeunesse,
« Quand je serai à ma chapelle d'Aix,
« Des hommes viendront, qui me demanderont de tes
nouvelles ; <(. Celles que je leur donnerai seront dures et cruelles:
29-10. A Laon. Ce couplel est fondé! vant, où il s'agit d'Aix, sur une tradisur une légende du \ ; le sui- 1 tion du VIIIe ou du ixe siècle.
2920 « Il est mort, mon cher neveu, celui qui m'a conquis tant de terres.
« Et voilà que les Saxons vont se révolter contre moi,
«. Les Hongrois, les Bulgares, et tant d'autres peuples,
« Les Romains avec ceux de la Pouille et de la Sicile,
« Ceux d'Afrique et de Galiferne.
2925 « Mes souffrances augmenteront de jour en jour.
« Eh ! qui pourrait conduire mon armée avec une telle puissance,
« Quand il est mort, celui qui toujours était à notre tête?
«. Ah! douce France, te voilà orpheline!
« J'ai si grand deuil, que j'aimerais ne pas être. » 2930 Et alors il se prend à tirer sa barbe blanche,
De ses deux mains arrache les cheveux de sa tête :
Cent mille Français tombent à terre, pâmés. Aoi.
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« Ami Roland, tu as donc perdu la vie :
« Que ton âme ait place au paradis ! 2935 « Celui qui t'a tué a déshonoré la douce France :
« J'ai si grand deuil, que plus ne voudrais vivre.
« Ma maison, toute ma maison est morte à cause de moi.
« Fasse Dieu, le fils de sainte Marie,
« Avant que je vienne à l'entrée des défdés de Cizre, 2940 <r Que mon âme soit aujourd'hui séparée de mon corps ;
« Qu'elle aille rejoindre leurs âmes,
« Tandis qu'on enfouira ma chair près de leur chair. »
L'Empereur pleure de ses yeux; il arrache sa barbe :
« Grande est la douleur de Charles, s'écrie le duc N ai mes. Aoi.
2944. Grande est la douleur de Charles. On lit ici, dans la Karlamagnus Saga (eh. xxxix) et dans la Keiser Karl Magnus's kronike, un très curieux
épisode qui ne se trouve nulle part ailleurs... Le roi envoie tour à tour plusieurs chevaliers pour prendre l'épée de Roland. Ils ne réussissent pas à l'ar-
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2945 « Sire empereur, » a dit Geoffroi d'Anjou,
« Ne vous laissez point aller à tant de douleur, « Mais commandez plutôt que, sur le champ de bataille, on cherche tous les nôtres, « Qui ont été tués par les païens d'Espagne, « Et que dans un charnier on les transporte. Donnezen l'ordre.
2950 — Sonnez donc de votre cor, » répond le Roi. Aoi.
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Geoffroi d'Anjou a sonné de son cor, Et, sur l'ordre de Gharles, les Français descendent de cheval.
Tous leurs amis, qu'ils ont trouvés là morts, Dans un charnier sont transportés sur l'heure. 2955 II y avait dans l'armée une foule d'évêques et d'abbés, De moines, de chanoines et de prêtres tonsurés. Ils donnent aux morts l'absoute et la bénédiction au
nom de Dieu.
On fait ensuite brûler de l'encens et de la myrrhe, Et tous, avec amour, ont encensé les corps. 2960 On les enterre à grand honneur ;
Puis (que pourraient -ils faire de plus?) les Français les ont laissés. Aoi.
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L'Empereur fait mettre à part et garder le corps de Roland,
radier des mains du mort. Charles en envoie cinq autres a LA FOIS, « un pour chaque doigt. » Peines perdues. L'Empereur s'aperçoit que, pour toucher à cette épée merveilleuse, il faut être aussi bon chevalier que Roland. Il se met à prier Dieu, [mis s'approche de l'épée
de son neveu, e1 s'en empare très facilement. Il en garda 1res précieusement le pommeau , qui était plein de reliques ; mais, quanl à la lame, il la jeta dans l'eau , loin de la terre, ci parée' qu'il savait qu'il n'appartenait à personne de la porter après Roland. »
D'Olivier et de l'archevêque Turpin.
Il les fait ouvrir devant lui ;
2965 On dépose leurs cœurs dans une pièce de soie ;
Puis on les met dans des cercueils de marbre blanc.
Ensuite on prend les corps de trois barons,
Et on les enferme en des cuirs de cerf,
Après les avoir bien lavés avec du piment et du vin.
2970 Le roi donne l'ordre à Thibaut et à Gebouin, Au comte Milon et à Othon le marquis, De conduire ces trois corps sur trois voitures Où ils sont recouverts par un drap de soie de Glaza.
Aoi.
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Quand il a fait enterrer ses barons,
Sauf les trois qu'il voulait transporter jusqu'à Bla>/e,
L'empereur Gharlemagne se dispose à partir,
2975 Quand tout à coup apparaît à ses yeux l'avant- garde des païens.
Deux messagers se détachent du front de cette armée, Et, au nom de l'Émir, annoncent la bataille à Charles: « Roi orgueilleux, tu ne peux plus nous échapper. <r Baligant est là qui chevauche sur tes traces ;
2980 « L'armée qu'il amène d'Arabie est immense ;
<r On va bien voir aujourd'hui si tu es vraiment un vaillant. »
2969. Lavés avec du piment et du vin. « D'autres poèmes, dit M. d'Avril, mentionnent l'opération qui consistait à laver les corps des défunts avec de l'eau, du vin et du piment. » Cf. notamment Raoul de Cambrai : Le cors li levé de froide eau et de vin. (Édition Le Glay, p. 329.) Dans Garin le Loherain (trad. P. Paris, p. 249-253), on voit aussi que les corps étaient enfermés en des outres de cuir, etc.
2973. Glaza,\e manuscrit nous donne:
Pâlie Galazin. De l.ajazzo, que Marco Polo appelle Glaza. (Cf. F. Michel, Étoffes de soie, d'or et d'argent, I, 329.)
2974. L'Empereur Gharlemagne se dispose à partir, etc. La Karlamagnus Saga et la Keiser Karl Magnus's kronike omettent ici tout l'épisode de Baligant, pour en arriver immédiatement au récit des dernières funérailles des héros morts à Roncevaux et au jugement de Ganelon. = Le manuscrit de Lyon passe également sous silence tout l'épisode de Baligant et la grande bataille de Saragosse, pour raconter sur-lechamp la rentrée de l'Empereur en « douce France », et l'histoire du message près de Girart et de Gilles. = Cf. la note du v. 3680.
Le roi Charles s'arrache la barbe Au souvenir de sa douleur et du grand désastre Qu'il a subi à Roncevaux clans la bataille; Puis sur toute son armée il jette un regard fier, 2985 Et, d'une voix très haute et très forte, s'écrie :
« A cheval , barons français ; à cheval et aux armes ! »
Aoi.
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L'Empereur est le premier à s'armer :
Vite il endosse son haubert,
Lace son heaume et ceint Joyeuse, son épée,
2990 Dont la clarté lutte avec celle du soleil.
Puis à son cou il suspend un écu de Girone, Saisit sa lance qui fut faite à Blandonne, Et monte sur son bon cheval Tencendur, Qu'il a conquis aux gués sous Marsonne ,
2995 Lorsqu'il fit tomber raide mort Malpalin de Narbonne. Charles lui lâche les rênes, et l'éperonne vivement. Devant cent mille hommes il fait un temps de galop, Réclamant Dieu et l'Apôtre de Rome.
Après cette -prière , il n'a plus peur d'être vaincu, Et tous les Français s'écrient : « Un tel homme est fait pour porter couronne. » Aoi.
Dans toute la vallée , les Français sont descendus de cheval , 3000 Et plus de cent mille hommes s'arment ensemble. Comme leurs armures leur siéent bien !
Leurs chevaux sont rapides , leurs armes belles ; Leurs gonfanons pendent jusque sur leurs heaumes. Les voilà qui montent en selle, avec quelle habileté! 3005 S'ils trouvent l'armée païenne, certes, ils lui livreront bataille.
Quand Charles voit si belles contenances, Il appelle Josseran de Provence, Le duc Naimes et Anthelme de Mayence : « En de tels soldats qui n'aurait confiance ? 3010 « Désespérer serait folie.
« A moins que les païens se retirent devant nous, « Je leur ferai payer cher la mort de Roland. <r — Que Dieu le veuille ! » répond le duc Naimes .
Aoi.
Charles appelle Rabel et Guinemant :
3015 « Je veux, seigneurs, » leur dit le Roi,
« Que vous preniez la place d'Olivier et de Roland;
<r L'un de vous portera l'épée, et l'autre l'olifant.
« En tête de toute l'armée, au premier rang, marchez,
« Et prenez avec vous quinze mille Français, 3020 « Tous jeunes, et de nos plus vaillants.
« Après ceux-là, il y en aura quinze mille autres,
« Que commanderont Gebouin et Laurent. »
Naimes le duc et le comte Josseran
Sur-le-champ disposent ces deux corps d'armée. 3025 S'ils rencontrent l'ennemi , quelle bataille !
Que de coups cl' épées tranchantes ! Aoi.