CCXLVIII
Ce sont les Français qui composent les premières
colonnes de l'armée.
Après ces deux premières on forme la troisième, Où l'on fait entrer les barons de Bavière, Qui sont environ trente mille chevaliers.
3019. Quinze mille Français. C'est ici que le manuscrit de Versailles met en scène les Parisiens, qu'il couvre d'éloges : Ensemble o vos XX. M. Parisant, —
Tuit bacheler e nobile cunquerant.
Mais il est trop visible, à l'assonance, que le mot Parisant a été introduit de force.
3030 Certes, ce ne seront point ceux-là qui laisseront la bataille ;
Car sous le ciel il n'est point de peuple que Charles aime autant,
Sauf ceux de France, qui sont les conquérants des royaumes.
Ce sera le comte Ogier le Danois, le brave combattant,
Qui commandera les gens de Bavière. Belle compagnie, en vérité ! Aoi.
3035 L'empereur Charles a déjà trois corps d'armée ;
Naimes compose le quatrième
Avec des barons qui sont d'un grand courage :
Ce sont des Allemands, des marches d'Allemagne ,
Qui, au dire de tous les autres, ne sont pas moins de vingt mille.
3040 Leurs chevaux sont bons , et leurs armes sont bonnes ;
Plutôt que de quitter le champ, ils mourront.
Leur chef est Hermann, le duc de Thrace ;
Plutôt que de faire une lâcheté, il mourra. Aoi.
Le duc Naimes et le comte Josseran 3045 Ont fait la cinquième colonne avec les Normands ; Ils sont vingt mille, au dire de toute l'armée. Leurs armes sont belles, leurs chevaux sont bons et
rapides.
Les Normands mourront, mais ne se rendront pas. Il n'y a pas sur terre une race qui tienne mieux sur le champ de bataille.
3050 C'est le vieux Richard qui marchera à leur tête,
Et il donnera de bons coups de son épieu tranchant.
Aoi.
GCLI
Le sixième corps d'armée est composé de Bretons ; Ils sont bien quarante mille chevaliers. Ils ont, à cheval, tous l'air de vrais barons 3055 Avec leurs lances hautes et leurs gonfanons au vent. Leur seigneur s'appelle Eudes , Mais il leur donne pour chefs le comte Nivelon, Thibaut de Reims et le marquis Othon : « Conduisez mon peuple à la bataille ; je vous le
confie. »
Et tous les trois de répondre : « Nous obéirons à votre ordre. Aoi.
3060 Voici donc six colonnes faites par l'Empereur : Le duc Naimes forme la septième Avec les Poitevins et les barons d'Auvergne ; Ils peuvent bien être quarante mille.
Dieu ! les bons chevaux et les belles armes !
3065 Ils sont là, seuls, dans un vallon, sous un tertre, Et Charles leur donne sa bénédiction de la main droite : Leurs capitaines sont Josseran et Gauceline. Aoi.
Quant au huitième corps d'armée Naimes le compose Avec les Flamands et les barons de Frise : 3070 Plus de quarante mille chevaliers.
Ceux-là, certes, n'abandonneront pas la bataille. <r Ils feront mon service, » dit le Roi. Ce sera Raimbaud, avec Aimou de Galice, Qui, par bonne chevalerie, les guidera au combat.
Aoi.
CGLIV
3075 Naimes, aidé du comte Josseran,
Forme la neuvième colonne avec de vaillants hommes :
Ce sont ceux de Bourgogne et de Lorraine.
Ils sont bien cinquante mille chevaliers,
Avec leurs heaumes lacés et leurs hauberts.
Ils ont leurs épées au coté et leurs doubles targes au cou; 3080 Leurs lances sont fortes, et le bois en est court.
Si les Arabes ne reculent point,
S'ils engagent le combat, Lorrains et Bourguignons donneront de fiers coups.
Leur chef est Thierry, le duc d'Argonne. Aoi.
GCLV
Les barons de France forment la dixième colonne. 3085 Ils sont cent mille de nos meilleurs capitaines ;
Ils ont le corps gaillard et fière la contenante,
La tête lleurie et la barbe toute blanche.
Ils ont revêtu leurs doubles broignes et leurs hauberts,
Ils ont ceint leurs épées de France ou d'Espagne ; 3090 Sur leurs écus sont mille signes divers qui les font reconnaître.
Leurs lances sont fortes, et dur en est l'acier ;
Jusqu'aux ongles ils sont armés de mailles de fer.
3090. Escuz de multes conoisances.
(Manuscrit d'Oxford.) Vers obscur. C'est la seule trace que nous trouvions, en
notre poème, d'un orne ni de l'écu
qui, suivant quelques érudits , pourrait, de près ou de loin, ressembler à des armoiries. Or ce n'étaient en aucune façon de vraies armoiries; m;iis un signe quelconque, ou plutôt une multitude de signes divers pour se recon-
naître dans la bataille. I>;ms Aspremont, les chevaliers de Charlemagne, que le pi iète assimile à des croisés, a lor aunes vont la crois acousant : — Por ce sera l'un l'autre conoisant. (B. N. 2i95, !'" 125.) Mais le Roland n'indique encore rien de semblable, el c'est une probabdité de plus en faveur de ceux qui le croienl antérieur aux croisades.
Ils montent à cheval : « La bataille ! la bataille ! »
s'écrient-ils ; Puis : « Monjoie ! » Charlemagne est avec eux. Geoffroi d'Anjou porte l'oriflamme, Qui jusque-là avait nom Romaine, parce qu'elle était
l'enseigne de saint Pierre ; 3095 Mais alors même elle prit le nom de Monjoie. Aoi.
3093. Oriflamme. Nous allons résumer, en quelques propositions , les derniers travaux sur les orignes de l'oriflamme. 1° La plus ancienne représentation de l'oriflamme nous est offerte par les mosaïques du tricliniuni de Saint-Jean-de-Latran, à Rome (ixe siècle). = 2° Sur l'une de ces deux mosaïques, on voit Charlemagne recevoir des mains de saint Pierre une bannière verte qui
Fig. a.
est l'étendard de la ville de Rome ou des papes. (V. fig. a ci -contre et le Charlemagne d'Alphonse Vetaul. Marne, 1877, frontispice.) =: 3° Dans la seconde mosaïque, le même Charlemagne reçoit des mains du Christ une bannière rouge qui est l'étendard de l'Empire. (Fig. b.) = 4° Mais il est arrivé que l'auteur du Roland et nos autres poètes ont confondu entre elles les deux bannières.
Dans la bannière rouge, ils ont vu la* bannière des papes, celle de saint Pierre, celle qui a nom Romaine. = 5° Plus
tard, vers la fin du xi siècle, lorsque les rois capétiens furent devenus comtes du Vexin et avoués de l'abbaye de Saint- Denis, ils nouèrent le souvenir du vieil étendard rouge de Charlemagne avec le fait de cette oriflamme nouvelle qu'ils allaient prendre à Saint-Denis. Bref, il y eut fusion ou confusion entre l'ori- Hamme carlovingienne et l'oriflamme capétienne. Et c'est ainsi que nous arri-
Fig. b.
vons au xne siècle, époque où la question cesse d'avoir pour nous un véritable intérêt. Voir les Recherches sur les drapeaux français, de M. Gustave Desjardins, pp. 1-8, et le Drapeau de la France, de M. Marius Sepet, pp. 21 et suiv.
3095. Monjoie. Suivant M. Marius Sepet (Histoire du drapeau, pp. 25 et suiv.; 269 et suiv.), Montjoie, Mons gaudii, serait le nom de cette même
GGLVI
L'Empereur descend de son cheval
Et se prosterne sur l'herbe verte ;
Puis, tournant ses yeux vers le soleil levant,
Il adresse, du fond de son cœur, une prière à Dieu; 3100 « 0 vraie Paternité, sois aujourd'hui ma défense.
« C'est toi qui as sauvé Jonas
« De la haleine qui l'avait englouti ;
« C'est toi qui as épargné le roi de Ninive
<r Avec sa cité et tout son peuple;
« C'est toi qui as délivré Daniel d'un horrible supplice , 3105 <r Quand on l'eut jeté dans la fosse aux lions ;
« C'est toi qui as préservé les trois enfants dans la fournaise.
« Eh bien ! que ton amour sur moi veille aujourd'hui ;
« Et, dans ta bonté, s'il te plaît, accorde -moi
« De pouvoir venger mon neveu Roland, d 3110 Charles a fini sa prière; il se relève,
Fait sur son front le signe qui a tant de puissance,
colline au N.-O. do Rome, sur la rive droite du Tibre, vis-à-vis du Champde-Mars, qui est beaucoup plus célèbre sous le nom de « Vatican ». Ce terme, Mons gaudii , se trouve dans plusieurs historiens : Dans Othon de Frissingen (De gestis Friderici, xxxn), dans la Chronique du Mont-Cassin (lib. IV, cap. xxxix ) cl dans la Vie de Louis le Gros, par Suger. Le mot Montjoie est employé, avec le même sens, dans Amis et Amiles, etc. (Test par celle colline que les Empereurs faisaient volontiers leur entrée nans Rome , el c'est là que les pèlerins, après un long et pénible voyage, apercevaient pour la première fois la basilique des Saints- Apôtres. D'où peut-être ce nom caractéristique : Mons gaudii, dont l'origine
serait ainsi toute chrétie = Or c'est
probablement sur cette col! qu'en
présence de l'année franke rangée sur
le Champ -de -Mars, le pape Léon III remit à Charlemagne cette célèbre bannière dont la représentation se trouve au triclinium de Saint -Jean- de -Latran.
= A cause de l'emplacement où avait eu lieu la remise de la bannière Romaine, cette bannière garda le nom de Monjoie, et le cri des Français fut Monjoie. = Plus tard, quand la bannière suprême fui l'étendard de Saint -Denys, il eût été naturel que le cri fût Saint- Denys ! .Mais comme le cri antique et traditionnel depuis Charlemagne était Monjoie! les deux cris se joignirent en un seul, et l'on eut Monjoie Saint - Denys !
3100. O vraie Paternité, etc. Les prières qui se trouvenl dans le Roland sonl d'une remarquable brièveté. Celles des poèmes postérieurs sonl d'une longueur interminable, et c'est un signe de décadence poétique.
Puis monte sur son cheval courant.
Naimes et Josseran lui tiennent l'étrier.
Il saisit sa lance acérée, son écu.
3115 Son corps est beau, gaillard et avenant ;
Son visage est clair, et belle est sa contenance.
Très ferme sur son cheval, il s'avance.
Et les clairons de sonner par devant , par derrière ;
Le son de l'olifant domine tous les autres. 3120 Les Français ont pitié de Roland, et pleurent. Aoi.
CGLYII
L'Empereur chevauche bellement ;
Sur sa cuirasse il a étalé toute sa barbe,
Et, par amour pour lui, tous ses chevaliers font de
môme.
C'est le signe auquel on reconnaît les cent mille Français.
3125 Ils passent ces montagnes ; ils passent ces hautes roches ; Ils traversent ces profondes vallées , ces défilés horribles.
Ils sortent enfin de ces passages, et les voilà hors
«le ce désert, Les voilà dans la Marche d'Espagne.
Ils y font halte au milieu d'une plaine... 3130 Cependant Baligant voit revenir ses éclaireurs, Et un Syrien lui rend compte de son message : « Nous avons vu, » dit-il, « l'orgueilleux roi Charles : « Ses hommes sont terribles et ne feront pas faute à
leur roi.
« Vous allez avoir bataille : armez -vous. 3135 <r - Bonne nouvelle pour les vaillants, » s'écrie Baligant :
<r Sonnez les clairons, pour que mes païens le sachent. » Aoi.
Alors dans tout le camp ils font retentir leurs tambours,
Leurs cors, leurs claires trompettes,
Et les païens commencent à s'armer.
3140 L'Emir ne se veut pas mettre en retard :
Il revêt un haubert dont les pans sont brodés ;
Il lace son heaume couvert de pierreries et d'or,
Et à son flanc gauche ceint son épée.
A cette épée , dans son orgueil , il a trouvé un nom : 3145 A cause de celle de Gharlemagne, dont il a entendu parler,
La sienne s'appelle « Précieuse »,
Et ce mot même lui sert de cri d'armes dans la bataille :
Il fait pousser ce cri par tous ses chevaliers.
A son cou il pend un large et vaste écu : 3150 La boucle est d'or, et le bord en est garni de pierres précieuses ;
La guige est couverte d'un beau satin à rosace.
Puis Baligant saisit son épieu, qu'il appelle <r Malte »,
Dont le bois est gros comme une massue,
Et dont le fer, à lui seul, ferait la charge d'un mulet. 3155 Baligant monte ensuite sur son destrier ;
Marcule d'outre -mer lui tient l'étrier.
L'Émir a l'enfourchure énorme,
Les flancs minces, les côtes larges,
La poitrine forte , le corps moulé et beau , 3160 Les épaules vastes et le regard très clair,
Le visage fier et les cheveux bouclés ;
Il parait aussi blanc que fleur d'été.
Quant au courage, il en a donné mille preuves.
Dieu! s'il était chrétien, quel baron!
3165 II pique son cheval, et le sang sort tout clair des flancs de la bête ;
Il fait un temps de galop, et saute par-dessus un fossé.
Qui peut mesurer cinquante pieds :
<r Celui-là, » s'écrient les païens, « saura défendre
ses Marches.
« Le Français qui voudra jouter avec lui, 3170 « Bon gré, mal gré, y laissera sa vie.
« Charles est fou de ne pas lui avoir cédé la place ! »
Aoi.
L'Émir a tout l'air d'un vrai baron.
Sa barbe est aussi blanche qu'une fleur;
C'est, parmi les païens, un homme sage 3175 Et qui dans la bataille est terrible et fier.
Son fils Malprime est aussi très chevaleresque ;
Il est grand, il est fort, il tient de ses ancêtres:
« En avant , » dit-il à son père , <r en avant !
« Je me demande si nous allons voir Charles. 3180 « — Oui, » répond Baligant, « car c'est un vaillant.
« Dans mainte histoire on parle de lui avec un grand honneur.
« Mais il n'a plus son neveu Roland,
« Et devant nous ne pourra tenir pied. » Aoi.
« Beau fils Malprime , » dit Baligant , 3185 « Roland le bon vassal est mort hier, « Avec Olivier le preux et le vaillant, « Avec les douze Pairs qui étaient tant aimés de
Charles , « Et vingt mille combattants de France. « Quant à tous les autres, je ne les prise pas un
gant.
3190 « Il est certain que l'Empereur est revenu, qu'il
est là;
« Mon messager, le Syrien , vient de me l'annoncer : <r Charles a formé dix corps d'armée immenses. <r II est brave, celui qui fait retentir l'olifant. « Et son compagnon aussi qui sonne d'une trompette
claire ; 3195 « Tous deux chevauchent en tête de l'armée, devant
le premier rang ; « Quinze mille Français sont avec eux, « De ces jeunes bacheliers que Charles appelle
« enfants ».
« Et il y en a quinze mille autres derrière eux <r Qui très fièrement frapperont. »
3200 Malprime alors : « Je vous demande l'honneur du
premier coup. » Aoi.
« — Beau fils Malprime, * dit Baligant, « Tout ce que vous me demandez, je vous l'accorde, « Donc allez sans plus tarder assaillir les Français. « Emmenez avec vous Torleu, le roi de Perse,
3205 « Dapamort, le roi des Leutis.
« Si vous pouvez mater le grand orgueil de Charles « Et empêcher V olifant de résonner avec ce cri vainqueur, a Je vous donnerai un pan de mon royaume, « Tout le pays depuis Cheriant jusqu'au Val-Marquis. « Merci, mon seigneur, » répond Malprime.
3210 II passe en avant, et reçoit la tradition symbolique de ce présent.
Or c'était la terre qui appartint jadis au roi Fleuri. Mais jamais Malprime ne devait la voir; Jamais Malprime n'en devait être investi ni saisi.
Aoi.
A travers tous les rangs de son armée chevauche l'Émir;
3215 Son fils, qui a la taille d'un géant, le suit partout, Avec le roi Torleu et le roi Dapamort. Ils divisent alors leur armée en trente colonnes,
3217. Trente colonnes, etc. Ici commence l'énumération des différents peuples païens qui composent la grande armée de Baligant. Or. parmi ces peuples, les uns sont historiques, les autres imaginaires. A. Peuples historiques. Un grand fait observé par M. Gaslmi l'aiïs (Romania, H, pp. 330 et ss. domine ici toute la question :
ci Ces peuples sonl ceux contre lesquels l'Europe chrétienne a été en lutte, non
PAS AU MOMENT DES CROISADES, MAIS ATX Xe ET XI'' SIÈCLES. El c'esl une
nouvelle présomption en faveur de l'antiquité du Roland. = Cela dit, les peuples historiques donl il esl l'ait mention dans nulle poème se divisent en plusieurs grands groupes, suivanl leurs races. I. l'ia ples slaves : « 1° Le nom de celte grande race, di1 M. G. Paris, se trouve deux fois sous les formes Esclavoz (v. 3225) el peut-être Esclavers (v. 3245). Plus tard, à côté de la forme Escler (qui es1 de beaucoup la plus usitée), on trouvera Esclam ou Esclamor. — 2° On ne peut méconnaître dans les Sorbrcs et les Sors, du v. 322G, le mol - Sorabi u c< Sorbe o,
— ' 3° Les Mleelies. dont le poêle l'ail
une description si bizarre ( v. 3221 el suiv.i , si. ut bien probablement les .1//7ceni, Milzeni , Milciani . que nous trouvons, aux i\" el \" siècles, établis dans
la haute Lusace , el qui paraissent , sans que je sois en état de l'affirmer, avoir
perpétué leur nom dans celui de la
Mi me. Ce rapprochemenl explique pourquoi leur nom, écril en trois syllabes, ne compte dans les vers que pour deux. Il doit être prononcé Miçnes, et être traité connue imagene et autres mots semblables. — 4° Quanl aux I. cutis (v. 320Ô, 3360), il faut voir les Lutici, appelés aussi Lutieii, Liutici, Luilicii, Leuticii, Lutizi. Ce sont les mêmes que les "Wilzes , el ils habitaient, entre les Qbotrites et les Pomorans, dans le grand-duché actuel de Mecklembourg (Leuticeos, cul alto nomme
Liutici rucant ur. ;Pertz, IX, 45, etc. etc.). Les Leulis sont restés populaires dans toutes nos Chansons de -estes. =5° Le pays de Bruise (v. 3245) est la Prusse, Borussia, Bruzzia, Le Ruolandes Liet nous di mue ici e die Prussen ». — 0° D'après le manuscrit le plus ancien de Venise, on peut lire Ros au lieu de Bruns, el supposer qu'il s'agit des Russes. = Telles sont ici les conclusions de M. G. Paris. Nous ne saurions d'ailleurs admettre ses hypothèses relaliveiueui aux Leus, « où il n'ose reconnaître avec certitude <\^s Lechs ou Polonais, s el aux Ormaleis, qu'il rapproche des Jarmenses ou habitants slaves de l'Ermland ou Ormaland. = II. Peuples TARTARES. 1-3" On a reconnu sans peine les Huns, les Hungres el les Avers.
4° Une autre identification n'est pas moins sure : je veux parler des Pinceneis. Ce mot, ajoute ici M. G. Paris, « désignait la plus puissante et la plus féroce de ces tribus tartares, qui dévastaient sans cesse les provinces chrétiennes. Il s'agil . en effet , des Petcbénèguee (gr. 7wciÇtvâxoi), désignés de bonne heure sous une l'orme nasalisée.
(Voir, dans Ekkehard de Saint-Gall, Pincinnalorum multitudo. Pertz, VI, 212, et, dans Hugues de Fleuri, Pinct nati. i < le nom inspirait une telle terreur aux chrétiens, qu'il avail pris un sens général, el en vinl à signifier les Sarrasins. (Charte de 1096 : Ad depellendam Pincinnalorum perftdiœ persecutionem, etc.) Il arriva qu'un jour les Pinceneis furent battus par d'autres peuples tartares, e1 notamment par les Magyares, puis absorbés par eux. Leur nom n'a pas laissé de traces ». — 5° Les Turcs (v. 3240), dont M. G. Paris ne parle pas, appartiennent aussi à la race tartaro- finnoise. = III. Page caucasique. Les Ermines ou Arméniens en sont les seuls représentants bien déterminés dans notre poème (v. 3227). = IV. Race ciiamite. 'On n'y peut guère faire rentrer que les Nubles (Nubes ou
(Ils ont tant et tant de chevaliers !);
Le plus faible de ces corps d'armée n'aura pas moins
de cinquante mille hommes.
3220 Le premier est composé des gens de Butentrot ;
Judas, qui livra Dieu pour de l'or, Judas était de ce
pays.
Dans le second corps sont les Misnes à la tête énorme. Au milieu du dos, leur échine Est couverte de soies, tout comme sangliers. La troisième colonne est formée de Nubiens et de
Bios;
Nubiens), dont il est question au v.
3424, et peut-être les Nigres (v. 3229). = V. Peuples sémitiques. 1° Les Mors (v. 3527) ne paraissent pas autres que les Maures d'Espagne, dont notre poète avait sans doute entendu parler. Les Maures provenaient, à l'origine, d'un mélange des Arabes envahisseurs avec les habitants aborigènes de l'Afrique septentrionale, à l'ouest de l'Egypte. — 2° Il est également difficile de ne pas reconnaître des peuplades arabes ou juives sous les noms de gent Samuel (3244) et gent de Jéricho (3254) : ce ne sont guère là, d'ailleurs, que des souvenirs de l'Histoire sainte. —3° Enfin les Persans, race indo-européenne, avaient fait partie de l'empire arabe, depuis la chute des Sassanides, et de là sans doute les Pers de notre chanson (v. 3240). = Tels sont tous les peuples historiques cités dans celle célèbre énuraération de notre poème, si l'on y ajoute les Caneilus, qui nesonl véritablement que des Chananéens i v. la note du vers 3228), les Astrimonies (3258), où l'on peut soupçonner les Thraces, et la ville de Butentrot (v. 3220), à laquelle nous consacrons ci-dessous une noie spéciale..'. H. Peuples imacinajnes. Il n'esi guère possible d'expliquer un certain nombre de ces noms de peuples autrement que comme des sobriquets donnés au hasard e1 suivant l'imagination du poète. Telssonl les Bruns (v. 3225), les Gros (3229), et, malgré tout, les Leus (3258). D'autres noms sonl encore plus fantaisistes: Tels sont Valpenuse (3256),
Clarbonne (3259) et Valfronde (3200).
Ces trois noms , en effet , sont employés dans d'autres romans pour désigner des localités très chrétiennes. = Il reste enfin un certain nombre de vocables à expliquer et à faire rentrer scientiliquement soit dans l'une, soit clans l'autre des catégories précédentes : les Ormaleis et les Euglez (3243) , dont M. Millier fait une tribu slave et qu'il assimile (?) aux Uglici, TJllczï ; la gent d'Occiant la désert (3236), celles de Maruse (3257) et d'Argoilles (3259); Balide-la-Forl (3230); Baldise-la- Lunge (3255) et Malpruse (3253). — Pour la géographie et la description de la terre au xne siècle, cf. V Imago mundi et les quelques cartes qui sont parvenues jusqu'à nous. C'est le commentaire nécessaire de la présente note.
3221. A la tète énorme. Le moyen âge croyait à l'existence des monstres, qu'Honoré d'Autun , en son Imago mundi, décrit avec complaisance. Il nous parle des Maerobes, qui ont douze coudées de haut, et de certains pygmèes, qui, dans l'Inde, n'uni que deux coudées et s'occupent sans cesse à combattre les mues. « Il y a d'autres monstres dans l'Inde qui ont les pieds retournés, el huit doigts à chaque pied; d'autres n'ont qu'un œil; d'autres enfin n'ont qu'un pied, sur lequel ils peuvent
courir avec une él lante rapidité, etc.
elc. » Telles étaient les idées qui circul.iienl alors dans les écoles et parmi le peuple. La plupart venaient de l'antiquité.
3225 La quatrième , de Bruns et d'Esclavons ; La cinquième , de Sobres et de Sors ; La sixième, de Mores et d'Arméniens.
Dans la septième sont ceux de Jéricho ; Les Nègres forment la huitième, et les Gros la neuvième ; 3230 La dixième enfin est composée des chevaliers de Balide- la -Forte; C'est un peuple qui jamais ne voulut le bien. L'Émir prend à témoin, par tous les serments possibles, La puissance et le corps de Mahomet :
« Charles de France est fou de chevaucher ainsi ; 3235 « Nous allons avoir bataille, et, s'il ne la refuse point , « Il ne portera plus jamais couronne d'or en tête. »
Aoi.