CCCXVIII
Charlemagne appelle ses comtes et ses ducs :
« Quel conseil me donnez -vous sur les otages que j'ai retenus?
« Ils sont venus au plaid pour Ganelon ; 3950 « Ils se sont portés pour Pinabel.
« — Qu'ils meurent, qu'ils meurent tous, » répondent les Français.
Alors le Roi appelle un sien viguier, Basbrun :
<r A cet arbre maudit, là-bas, va, pends-les tous.
« Par cette barbe dont les poils sont chenus, 3955 « S'il en échappe un seul, tu es perdu, tu es mort.
« — Qu'ai-je autre chose à faire? » répond Basbrun.
Avec cent sergents il les emmène de force,
Et il y en a bientôt trente qui sont pendus.
Ainsi se perd le traître, ainsi perd-il les autres. Aoi.
3958. Trente qui sont pendus. Dans | avec ses quatre-vingts moines, se porte Huon de Bordeaux, l'abbé do Cluny, | otage pour Huon dans son duel avec
GCCXIX
3960 Là-dessus les Bavarois et les Allemands s'en vont,
Avec les Poitevins , les Bretons et les Normands .
C'est l'avis de tous , et plus encore l'avis des Français,
Que Ganelon meure d'un terrible et extraordinaire supplice.
Donc on fait avancer quatre destriers ; 3965 Puis on lie les pieds et les mains du traître.
Rapides et sauvages sont les chevaux.
Devant eux sont quatre sergents qui les dirigent
Vers une jument là-bas, dans le milieu d'un champ.
Dieu ! quelle fin pour Ganelon !
3970 Tous ses nerfs sont effroyablement tendus :
Tous ses membres s'arrachent de son corps ;
Le sang clair ruisselle sur l'herbe verte...
Ganelon meurt en félon et en lâche.
Il n'est pas juste que le traître puisse jamais se vanter de sa trahison. Aoi.
3975 Quand l'Empereur a fait ses représailles,
Il appelle ses évêques de France,
De Bavière et d'Allemagne :
« Dans ma maison, » dit-il, « il y a une prisonnière de noble race ;
« Elle a tant entendu de sermons et de bons exemples, 3980 Qu'elle veut croire en Dieu et demande chrétienté.
« Pour que Dieu ait son âme, baptisez -la.
« — Volontiers, » répondent les évêques, « donnezlui pour marraines
Amaury. Mais déjà les idées se sont adoucies, et si Huon est vaincu, ses otages seront seulement privés de leurs terres. Cependant Charles les a tout d'abord menacés de les faire traîner à ronds, et ils sont enchaînés tant que
dure le duel. Je ne vois pas qu'on ait encore songé à rapprocher ce passage d'Huon du dénouement de notre Roland.
3982. Marraines. L'usage d'avoir plusieurs parrains et marraines a existé
« Des dames nobles et de haut lignage. » Grande est la foule réunie aux bains d'Aix ; 3985 On y baptise la reine d'Espagne Sous le nom de Julienne.
A son bon escient, elle se fait chrétienne... Aoi.
Quand l'Empereur eut fait justice ;
Quand sa grande colère se fut un peu éclaircie ; 3990 Quand il eut mis enfin la foi chrétienne en Bramimonde ,
Le jour était passé, la nuit sombre était venue...
Le Roi se couche dans sa chambre voûtée ;
Saint Gabriel descend vers lui et, de la part de Dieu, vient lui dire :
« Charles, Charles, rassemble toutes les armées de ton empire ; 3995 « A marches "forcées, va dans la terre de Bire,
« Va secourir le roi Vivien dans Imphe ,
<r Dans cette cité dont les païens font le siège,
« Et où les chrétiens t'appellent à grands cris. »
L'Empereur voudrait bien n'y pas aller : 4000 « Dieu! » s'écrie-t-il, « que ma vie est peineuse ! »
Il pleure de ses yeux, il tire sa barbe blanche... Aoi.
dans plusieurs Églises, et il a été prohibé par plusieurs conciles. (Voir la note de Génin, en son édition du Roland, p. 4G0.) Jl convient d'ajouter qu'Hoff-
mann propose une leçon loule différente et rejette le mot marraines. (Voir les Notes pour rétablissement du texte.)
Ici s'arrête la Geste de Touroude.
Fig, 31. Fin de la Chanson. (Vers 3993. (Composition de Zier.)