M.( IJ
Mais, depuis, je cours les villes,
Tout plein de façons civiles,
Cherchant mon père avec soin ;
J’ai fouillé partout, bien loin,
Et, ma foi ! je désespère De jamais trouver ce père :
Une aiguille dans du foin !
En attendant, il faut vivre,
Et payer quand on est ivre.
Donc je vole. C’est charmant!
Et c’est bien mon droit, vraiment.
Car si je vole à la ronde,
C’est ce Monsieur Tout-le-Monde,
L’ancien mari de maman.
II paraît extraordinaire, certes, qu’on ait trouvé, il y a vingt-six ans, matière à procès dans des vers comme ceux-là. Et les autres incriminés n’étaient pas pires. Il y en avait même de beaucoup plus bénins encore.
Cependant l’assignation avait assez ému l’éditeur, M. Georges Decaux, que le précédent de la condamnation de Baudelaire et de son éditeur, Poulet -Malassis, pour un semblable délit, ne rassurait pas. II y avait à peu près vingt ans — c’était exactement le jeudi 20 août 1857 — Baudelaire s’entendait condamner, à la requête du procureur
impérial, à 300 francs d’amende et à la suppression de six poèmes qui ne sont pas les moins admirables des Fleurs du Mal , et dont la publication, d’abord d’une clandestinité tolérée, n’a pas lait, je pense, depuis qu’elle s’accomplit ouvertement, baisser d’une manière sensible le niveau de la moralité publique.
M. Georges Decaux se préoccupait immédiatement d’un avocat; un ami voulut bien me désigner, et j’entrai aussitôt en relation avec l’éditeur.