‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 101 sur 194 · SR DE · texte numérisé non relu

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GUEUX DE PARIS

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Et cela n’était pas, quoique Bouchor en dise, A Un calcul d’intérêt fait par ta gourmandise : La Car tu savais bien, pauvre vieux, À Que je ne possédais souvent pas une guigne, : Et qu’en quittant pour moi la soupe de la ligne Do Tu trouvais pis et non mieux. |

Mais qu'importe! C'était mon cœur et non ma bourse 7. Que tu cherchais, non pas la soupe, mais la source | Où se rafraîchit l’amitié, Les longs épanchements qu’on veut toujouts entendre Souvenirs, vœux, regrets, consolation tendre... On souffre, on jouit de moitié.

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« Moi, je fais un gros drame, et j’en suis tout en nage, | Mon cher toutou, car mon principal personnage

| Ne se dessine pas très bien.

— Moi, je suis plus joyeux qu’un poète lyrique!

| J'ai découvert un trou derrière une barrique, | Juste de quoi loger un chien.

Ê Et les amours? — Mon bon caniche, je suis triste, | Car la femme, vois-tu, n’aime pas bien l'artiste, Trop plein de désirs superflus.

— À qui le dis-tu, va? La femelle nous triche. | Si le poète souffre, hélas! pour le caniche, | Tout n’est pas de rose non plus.

Ainsi, tiens, j’adorais une jeune épagneule:

Mais comme un fou, tu sais. J’en perdais nez et gueule; J'aurais mis pour elle un collier;

Je me serais fait chien d’aveugle ou chien de garde.

Eh bien! elle n’a pas voulu de moi, regarde, Par peur de se mésallier.

Que de fois j’ai manqué, pour l’attendre, la soupe! Mais je n'y pensais guère, et je suivais la troupe De ses soupirants, l’œil en feu.

Or, un jour que pour elle à tous je tenais tête, Elle m'a planté là pour un lévrier bête Qui portait un paletot bleu. »

Et tu me faisais part ainsi de tes détresses.

Nous mêlions tous les deux les noms de nos maîtresses, Vantant leurs charmes, leur baiser.

Et nous allions. La rue était pour nous fleurie

De conversation chère, de flânerie.

Nous passions le jour à causer.

Où donc es-tu, mon doux ami, mon bon caniche ? Pourquoi n’as-tu pas pris la pâtée et la niche

Que je t’offrais pour être mien?

Franchement, nous étions si bien faits l’un pour l’autre! Quelle amitié jamais aura valu la nôtre?

Où donc es-tu, mon pauvre chien ?

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GUEUX DE PARIS

Où donc es-tu? Voilà plus d’un an que je traîne Dans tout Paris, errant ainsi qu’une âme en peine Te cherchant sans t’apercevoir,

Avec ta laine blanche et ta prunelle bleue, Avec le télésraphe amusant de ta queue Qu’ornait un petit pompon noir.

Où donc es-tu? Vis-tu prisonnier à Pattache?

A-t-on mis les ciseaux dans ta vierge moustache ? Ab! vis-tu seulement ? Ou bien...

Ou bien habites-tu, mort, le pays des songes,

Où la femme et la chienne aimetont sans mensonges Le bon poète et le bon chien?

uel que soit ton destin, je garde ta mémoire ; Et si mes vers un jour ont des lueurs de gloire, Je veux que ton image y soit.

Ainsi ces médaillons bordés de pierreries,

Qui font vivre à jamais les figures chéries Des gens qu’on aimait comme sol.

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