‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 33 sur 194 · PL TITS · texte numérisé non relu

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Tué l’arbre; cat l’arbre est un être vivant.

Il dit comme il fut bon pour l’homme bien souvent, Qu’à nos jeunes amours et nos baisers sans nombre Il a prêté l’alcôve obscure de son ombre,

Qu'il nous couvrait le jour de ses frais parasols

Et nous berçait la nuit aux chants des rossignols,

Et qu'ingrats, oubliant notre amour, notre enfance, Nous coupons sans pitié le géant sans défense.

Et dans l’âtre en brasier le bois geint et se tord.

O bois, tu n’es pas sage et tu te plains à tort. Nos mains en te coupant ne sont pas assassines. Enchaîné, subissant l’entrave des racines,

Tu végétais au même endroit, sans mouvement, Et conjoint à la terre inséparablement.

Toi qui veux être libre et qui proclames l’arbre Vivant, tu demeurais planté là comme un marbre, Captif en ton écorce ainsi qu’en un réseau,

Et tu ne devinais l’essor que par l’oiseau.

Nous t’avons délivré du sol où tu te rives,

Et te voilà flottant sur l’eau, voyant des rives Avec leurs bateliers, leurs maisons, leurs chevaux. O les cieux différents! les horizons nouveaux! Que de biens inconnus tu vas enfin connaître! Quel souffle d’aventure étrange te pénètre!

Mais tout cela n’est rien. Car tu rampes encor. Qu'on le fende et le brûle, et qu’il prenne l’essor! Et le feu furieux te dévore la fibre.

Ah! tu vis maintenant, tu vis, te voilà libre!

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