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N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres, Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants, Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres, Un coucou régulier et garanti dix ans!
Oh! les gens bienheureux! Tout à coup, dans l’espace, Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol!
Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte Qui brise les soupirs de leur col redressé, Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.
Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant, Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête, Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.
Qu'est-ce que vous avez, bourgeois ? Soyez donc calmes. Pourquoi les appeler, sot? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes, Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?
Regardez-les passer! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages. a” L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.
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Regardez-les! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, aile rompue et du sang plein les yeux, Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère, Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.
Pour choyer cette femme et nourrir cette mère, Ils pouvaient devenir volailles comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère, Des assoiflés d’azur, des poètes, des fous.
Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu'importe! Là-haut chante pour eux un mystère profond.
À lhaleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.
La bise contre leur poitrail siffle avec rage. L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage. Ils vont, loin de la terre, au-dessus des badauds.
Ils vont, par l'étendue ample, rois de l’espace. Là-bas ils trouveront de l’amour, du nouveau. Là-bas un bon soleil chauffera leur carcasse Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.
Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve, C’est l'horizon perdu par delà les sommets, C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève Où votre espoir banal n’abordera jamais.
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