‹ La chanson des Gueux (volume 3)Chapitre 89 sur 194 · FE · texte numérisé non relu

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Ce jour-là, je pleurais, oh! comme un enfant pleure, Comme on pleure à vingt ans d’une douleur d’amour. J’écoutais lentement couler, heure par heure,

Au bruit de mes sanglots la longueur de ce jour.

Tout à coup, abîmé dans ma pensée amère, J’entendis un chant doux au dehors murmurer.

O douleur, comme nous qui souffrons, éphémère! C’en ne assez, hélas! pour cesser de pleurer.

Le cœur gros, mais calmé, je dus quitter ma place Pour aller entr'ouvrir les rideaux. Il neigeait.

Sous la porte cochère, humide et noire, en face, Était un pauvre vieux que la bise assiégeait.

Ses doigts tout grelottants, raidis par la froidure Qui flagellait ce corps de ses coups sans répits, Tournaient d’un orgue faux la manivelle dure, Et les sons m'arrivaient par la neige assoupis.

Je jetai dans la rue une aumône au vieil homme,

Qui s’en alla, mettant son orgue sur son dos. Puis, sans savoir quel air il jouait, quelle somme

J'avais pu lui jeter, je fermai les rideaux.

Qu'il était loin de moi, ce pauvre air! Ma maîtresse Ne m'ayant fait souffrir que pour m'en aimer mieux, J'avais tout oublié, l’air, le jour, ma détresse,

Orage passager dans l’azur de mes cieux.

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GUEUX DE PARIS 117

Et voilà qu'aujourd'hui soudain je me rappelle,

En entendant cet air, que je l'avais en moi.

Tu reviens me trouver, ancienne ritournelle, Et tout le passé mort ressuscite avec toi.

Oh! chante, chante encor par ma fenêtre ouverte O vieil orgue banal, et criard, et pointu!

Chante! Dans le ciel bleu, dans la ramure verte, Je n’entends que toi seul, et je t’aime, vois-tu!

Oui, je t’aime, pauvre air qu’on traîne dans les rues Et celui qui t’a fait ne t’aime pas ainsi

Car dans le souvenir de tes notes perdues

Il n'avait mis qu’un air; j y mets mon cœur aussi

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