VOYOU
J'ai dix ans. Quoi! ça vous épato?
Ben ! c'est comm' ça, na ! j' suis voyou, Et dans mon Paris j' carapate Gomme un asticot dan' un mou.
Sous l'bord noir et gras d' ma casquette, Avec mes doigts aux ongu' en deuil, J' sais rien m' coller eun' roufflaquette Tout T long d' la temp', là, jusqu'à l'œil.
J' peux m' parler tout ba' à l'oreille Sans qu' personne entend' rien du tout. Quand j' rigol\ ma gueule est pareille A cell' d'un four ou d'un égout.
Mais jamb's sont fait's comm' des trombones, Oui, mais j'sais tirer — gar' là-dessous ! — La savate, avec mes guibonnes Comm' cell's d'un canard eud' quinz' sous.
J'ai T piton camard en trompette.
Aussi, soyez pa étonnés Si j'ai rien qu' du vent dans la tête : C'est pa'ç'que j'ai pas d' poils dans l'nez.
Près des théâtres, dans les gares, Entre les arpions des sergots C'est moi que j'cueill'les bouts d' cigares, Les culots d'pipe et les mégots.
Ben, moijC't'existenc'-là m'assomme!
J' voudrais posséder un chapeau.
L'est vraiment temps d' dev'nir un homme. J'en ai plein l'dos d'être un crapaud.
Les pant'sdoiv'ntme prend'pour un pitre, Quand, avec les zigs, sur eul' zinc, J'ai pas d' brais' pour me fend' d'un litre, Pas mêm'd'un meulé-cass' à cinq.
Vrai, vous savez, c'est pas ma faute.
J'fais quoi que j'peux. J' vous dirais ben Pourquoi c'est que j'suis pas d'ia haute. J' l'avais mêm'.dità m'sieu Rich'pin.
Mais faut croir' que ça doit pas s' dire, Puisque, pour* s'êt' fait mon écho, On l'a fourré dans la tir'lire Avec les pègres d' Pélago.
UN COUP D'BLÊti
Si les prop' à rien Nom d'un chien !
Ont l'droitde s'piquer l'blaire, Moi qu'ai toujours à faire, Nom de Dieu !
J'peux boire un coup dT>leu.
Quand j.' siffle un • canon , Nom de nom !
C'est pas pour faire l'pantre.
C'est qu' j'ai plus d'cœur au ventre, Nom de Dieu !
Après un coup d'bleu.
Pa'ç'que j'aime Tvin, Nom d'un chien !
Va-t-on pas m' fout' au bagne?
«F dépens' la brais' que j'gagne, Nom de Dieu !
Quand j'pompe un coup d'bleu.
Faut ben du charbon Nom de nom !
Pour chauffer la machine.
Au va-nu-pieds qui chine, Nom de Dieu !
Faut son p'tit coup d'bleu.
BALOGHARD
Y a des gens qui va en sapins,
En omnibus et en tramways.
Tous ces gonç's-là, c'est des clampins.
Des richards, des muf s, des gavés.
Avec le cul sur un coussin, On n'a pas T plaisir épatant D' détacher auprès d'unroussin Un' pastiirdans son culbutant.
Puis, dans un* roulotte, on n' voit rien : Toutd'vant vous fil' comme un rébus.
Pour louper, faut louper en chien.
L' chien n* mont' pas dans les omnibus.
Mais, quoi ! Ces ventrus sur leurs pieds N' peuv'nt plus supporter leur gaviot.
Dans les veines d' ces estropiés, Au lieu d' sang il coul' du morviot.
Ils ont des guiboll's comm' leur stick, Trop d' bidoche autour des boyaux, Et l'arpion plus mou qu' du mastic.
Les pavés leur semblât des noyaux.
Moi, d' marcher ça n' me fout pas V trac. J'ai l'arpion plus dur que des clous. . Deux ronds d' brich'ton dans l'estomac, C'est pas ça qui m' pès' sur les g'noux.
Aussi j' laisser chic et les chars Aux feignants et aux galupiers, Et j' suis le roi des Balochards, Des Balochards qui va-t-à-pieds.
Où que j' vas ? çà vous r' garde pas. «F vas où que j' veux, loin d'où que j* suis. C'est à côté, tout près d* là-bas.
Mon pif marche d'vant, et je V suis.
fffi?