‹ La chanson des gueuxChapitre 80 sur 110 · LE NEZ VIOLET · texte numérisé non relu

LE NEZ VIOLET

A RAOUL PONCHON

Comparer toujours nos nez

Bourgeonnes A des rubis, je condamne Cette comparaison-là.

Changeons-la ! Qui n'a qu'un cri n'est qu'un âne.

Aux nez rubis rubiconds

Nous piquons La couleur de sang; c'est triste.

J'aime le mien quand il est

Violet Comme une douce améthyste.

Vois ce nez rouge et camard,

Quel homard!

Compare-le donc avecque

Le tendre et clair demi-ton

Du piton Habillé comme un évêque.

Quand je lorgne en tapinois

Son minois, Il sourit comme un augure.

Ah! quel bon évêque j'ai

Bien logé Au mitan de ma figure.

Pour qu'il soit bien enchanté

En santé, Mes mains de lui sont voisines.

Mes dix doigts sont ses valets.

Mon palais Flambe au feu de se3 cuisines.

Mais il me rend bien mon dû.

Rond, dodu, Il semble un roi de kermesse, Et jamais mon verre plein

Ne se plaint Quand au fond il dit la messe.

Tu me diras que le tien

Est chrétien Ni plus ni moins que le nôtre,

Et qu'un rouge cardinal,

Moins îanal, Comme évêque en vaut un autre.

Moi, je te soutiens que non,

Non de nom !

Car un cardinal peut être Un monsieur laïque, au lieu,

Nom de Dieu !

Qu'un évêque est toujours prêtre.

Te voilà par le clergé

Submergé, Ponchon, grand nez-culottiste !

Nez do rubis, singe^nous !

A genoux Devant le nez d'améthyste !

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