‹ La chanson des heuresChapitre 1 sur 58 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

La torture d'aimer ne vaut pas qu'on en pleure, Pour qui connut déjà son mensonge divin, Pour qui sait quel oubli veille au seuil de ce leurre, Et combien l'éternel de nos amours est vain!

Que l'avare ait caché son or pur dans l'argile ! Cherchons un autre asile au trésor de nos pleurs; Car le cœur de la femme esc vase trop fragile Pour porter, jusqu'aux cieux, le faix de nos douleurs.

Ah! puisqu'à rinfini, seul, ici se mesure, — Dans le néant humain, — le pouvoir de souffrir, Gardons-le donc pour une immortelle blessure Et pour le mal sacré dont il sied de mourir!

A nos pieds endurcis essuyons la rosée Qu'au sentier matinal met la brise en passant ; C'est plus haut et plus loin que la source est creusée Des larmes où s'en vont notre âme et notre sang;

C'est plus haut et plus loin que ce qui te fait belle, Femme par qui l'enfant croit avoir tout soufTert, Qui, la première, au flanc, nous mets ta main cruelle. Et qui t'enfuis, laissant notre cœur grand ouvert.

Pour combler cet abîme et fermer cette porte

A la Mort, il faut plus que l'amour décevant

Qui descend de tes yeux et que ton souffle emporte.

Ou la vaine douleur qu'on souffre en te servant.

(!lioi*ol j)roniioi- boiiiMM^nii, ninm do la. soufTranco, rrminr, adiiiii-c^ Ion (lîiivro et passe .'iv(;c oi'^'ucil ; Mais kiisse-inoi plciiior suf* les dieux, sur la France, Sur les autels brisés, sur la Patrie en deuil !

Page 1