‹ La chanson des heuresChapitre 2 sur 58 · A MON MAITRE ERNEST IIAVET · texte numérisé non relu

A MON MAITRE ERNEST IIAVET

Pollio et incipient magni procedere menses.

Plus d'un Christ saignera sur un nouveau Calvaire,

Avant que d'Elohim le nom soit aboli :

Sans nimbe lumineux à sa face sévère,

Il sera, pour jamais, dans Fombre enseveli.

Plus d'un s'endormira dans le rêve indicible De mourir pour le Juste et pour la Vérité, Sentant boire à son cœur, percé comme une cible. L'immense soif dont meurt la pâle humanité.

RIMKH VIRIL K S

Ils lo r(*sscnil)ler()iit |)ar V\n\c, vi lo ^'ônic, Jésus, Dieu ([u'à la voix un p(Mi|)Io a reconnu ; Mais leurs maux seront vains, vaine leur n^^onie : l.e l(Mups (l(^ ceux ([u'ii Tant sauver n\îst pas venu !

I/antique foi s'acharne à sa splendeur perdue. Forte d'un nom qui fait tout nom silencieux : Elle n'est pas encore à ce point descendue Que chacun s'en détourne, interrogeant les cieux ;

Que toute àme virile en dégage so n aile, Comme d'un lac rompu l'oiseau toujours vivant. Et cherche le secret de la chose éternelle Plus haut que sa poussière éparse dans le vent.

Mais cette heure viendra que hâteront encore Les fureurs du vieux monde à son dogme obstiné. L'heure du dieu nouveau qui, pareil à l'aurore, Va venir, et qu'attend un peuple prosterné.

Oui, celte heure viendra que porte, en ses entrailles, La Terre des martyrs, des dieux et des héros. Mais jusque-là quels deuils et quelles funérailles, 0 race d'Elohim, ô race de bourreaux !

C'est par toi que mourront tant d'obscures victimes,

De doux suppliciés aux tourments superflus,

De défenseurs sacrés des vérités sublimes

Que ton Christ enseignait, et que tu n'entends plus !

Dans le troupeau sacré des dieux déjà venus, Je cherche en vain celui que le monde réclame Des désirs innommés, des besoins inconnus Ont creusé plus avant les abîmes de l'àme.

IIIMKS VIRILFS

L'homme vieilli n'a i)lus soif que de vc'îrit^; Il a des cieux profonds déchin'; le mystère. La raison pour témoin, pour loi la liberté, L'Idéal qu'il conçoit se mesure à la terre.

Sans rafraîchir son cœur vos larmes couleront, Amantes des dieux morts, Vénus ou Madeleine, Mystiques fleurs que l'aube arracha de son front Et dont le vent des cieux but la dernière haleine.

Éternel aiguillon de ses âpres destins, La douleur l'a chassé du repos de son rêve : Les bonheurs infinis, faits d'espoirs incertains, Ne valent pas les maux réels de l'heure brève,

Il porte en soi l'honneur d'un plus viril devoir Que bénir l'invisible main qui nous châtie, Adorer sans connaître et souffrir sans savoir ! L'espoir le tente en vain, la croyance partie.

DiU l'horrible néant se dresser devant lui, Il marche, il a dompté Teffroi du chemin sombre, Dût-il, désespéré, s'asseoir au fond de l'ombre, Après que le dernier des astres aura lui.

Ah ! celui qu'il attend a bien plutôt pour signe Un flambeau dans la main qu'à l'épaule une croix Autant que sa douceur, sa science est insigne. Et celui là dira : Connais ! et non pas : Crois !

Je ne regrette pas, fils des heures troublées, La foi qui fut l'honneur des âges révolus. Astre éteint que chassa des voûtes étoilées. L'inexorable loi de tout ce qui n'est plus.

La sphèro où rayomi.iit I.i hmiièrc des âmes, Pierre inerte, en tombant peut écraser nos fronts, Mais non plus éclairer notre esprit de ses flammes Et nous guider aux cieux alors que nous mourons.

Dans sa chute, elle peut encor briser le monde, Mais non plus l'emporter, satellite fervent. Dans sa course à travers l'immensité profonde. Plus haut que la tempête et plus loin que le vent.

Effroyable menace h l'espace jetée.

Je puis craindre son choc aveugle et sans merci ; Qu'une lueur sereine autrefois l'ait hantée. C'est affaire au passé, l'heure n'en a souci !

Ascètes nus priant au fond des solitudes. Apres voluptueux savourant les mépris.

Le secret est perdu de vos béatitudes : Votre sérénité tente mal nos esprits.

Je plains votre bonheur, bien loin que je l'envie, 0 repus d'idéal, âmes lasses d'essor 1 Vous adoriez la Mort, et nous cherchons la Vie ; Vous étiez des vaincus, et nous luttons encor.

Nous refusons au Mal, hors celui qui s'expie. L'inutile tribut des humaines douleurs Et chassons de nos yeux, comme une image impie. Le dieu lâche et méchant que repaissaient vos pleurs !

Et pourtant ce passé, comme un néant sonore. S'emplit de la rumeur d'un combat triomphant : Contre les noms vainqueurs qu'allait sacrer l'aurore, Le vieux nom d'Elohim proteste et se défend.

RIMES VIRILKS 13

Laissons ce l)riiit passer dans la Nuit (jui l'omporic, Et saigner les martyrs aux gihets inconnus. Un Dieu meurt (juand la foi dont nous vivions est morte Donc Eloliim est mort, et les temps sont venus 1

L'horizon va s'ouvrir, et l'aurore nous crie : J'apporte la lumière à vos fils plus heureux 1 Ne nous plaignons donc pas d'avoir souffert pour eux. Exilés qui mourons au seuil de la Patrie !

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