I. AME EN DEUIL
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J'ai vu mourir ma mère et tomber ma Patrie : ^ais-je donc qui je suis et d'où je suis venu ? Je suis comme un ruisseau dont la source est tarie Et dont un sable ardent boit le flot inconnu.
Sais-je donc où je vais, pour poursuivre ma route
Sous les soleils en flamme et les vents odieux ?
Qui pourrait de mon front chasser l'ombre et le doute ?
— J'ai vu mourir ma mère et s'envoler mes dieux.
Plus que la vie, hélas ! Fillusion est brève. J'ai donné tout mon sang aux délices d'aimer. Je n'attends ici-bas plus rien, même du rêve :
— J'ai vu mourir ma mère et le ciel se fermer !
Ah ! que ne suis-jc mort au seuil divin des choses, Comme un prêtre qui tombe aux marches de l'autel ! Tout enivré d'amour, et de chants, et de roses, Ah ! que ne suis-je mort, me croyant immortel !
Que m'ont appris les ans, si ce n'est la détresse De voir l'aube s'éteindre et les fleurs se flétrir ? Des baisers de ma mère à ceux de ma maîtresse, Que m'ont appris les ans, si ce n'est à souffrir ?
Que m'a valu de vivre en maudissant la vie,
Fils du rêve et tramant les jours comme un remord !
Sur la route sanglante à regret poursuivie.
Que m'a valu de vivre en appelant la Mort !
l/ A M R E N D lî LM L 289
Veille au souil du n<'ant, vain espoir de revivre, Et console les cœurs obstinés à soufTrir. Au sommeil éternel sans merci je me livre, Et c'est bien tout entier que je prétends mourir.
Car l'âme qu'au tombeau j'aurais voulu reprendre, Arracher à l'abime et rapporter à Dieu, L'âme de ma jeunesse épanouie et tendre. Large comme le ciel, pure comme le feu.
L'âme qui fut ma gloire est partie avant l'heure.
Consumée, en sa fleur, par le temps et l'amour.
Ce qui reste de moi ne vaut pas qu'on le pleure
Et peut bien au cercueil descendre sans retour.
Garde tes chants sacrés pour des jours moins barbares; Livre, sans t'indigner, les martyrs aux bourreaux ; Puisque les mains du Temps, à notre siècle avares, Couvrent d'un ciel sans dieux un monde sans héros !
Garde tes saints courroux et ton chaste délire, Muse au front ceint de lis et de rêves lointains, 0 donneuse de gloire, ô porteuse de lyre. Toi l'arbitre et l'honneur des antiques destins.
Puisque la foule abjecte est sourde à tes colères. Fais planer sur les fronts ton deuil silencieux, Ne mêle plus ta voix aux clameurs populaires , Pleure, fille immortelle, et souviens-toi des cieux !
i/ame un dkimi, 291
Impavidum ferlent ruhix.
Tout recommençant pour finir, Le mal, hélas ! comme le bien.
Je ne crains rien de l'avenir, Et le passé ne m'est plus rien.
Je marche, mais sans m'attarder Au leurre des vœux superflus ; J'attends, mais sans rien demander :
Je subis, mais je ne veux plus.
Chaque jour m'apporte son heur Que j'attends sans peur ni remord.
N'ayant de souci que l'Honneur Et d'espérance que la Mort 1
A LA BIEN-ADIEE
Quand les roses seront flétries, Quand les soleils seront éteints, Quand les sourees seront taries Au fond des paradis lointains;
Quand nos amours longs et fidèles.
De leur vol fatiguant les airs, Pour s enfuir d'un même coup d'ailes Se chercheront aux deux déserts ;
Quand sur le deuil de toutes choses L'Ame immortelle pleurera, Aux soleils^ aux sources, aux roses, SewZ, ion souvenir survivra.