‹ La chanson du cidreChapitre 30 sur 42 · AUX BRETONNES « NOUVELLE MODE · texte numérisé non relu

AUX BRETONNES « NOUVELLE MODE

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RÉFRACTAiRES dantau^ ô têtus bas-bretons, Que faites-vous de vos coutumes?

Basse-Bretonnes, vous^ belles que nous chantons, Que faites-vous de vos costumes ?

Vous 'préfére\ aux cols superbes d' autrefois

Des collerettes minuscules y Tristes contrefaçons, larges comme deux doigts.

Lamentablement ridicules (i).

(i) Ces modes nouvelles, très laides, que rien n'excuse et ne justifie, n'ont pas, grâce à Dieu, gâté toute la province. C'est surtout Châteaulin, les environs de Châteaulin, où les femmes sont si belles et l'ancienne mode si ravissante, qui sont en proie aux furieuses novatrices qui les enlaidissent à plaisir. La coiffe diminue tous les jours, et les collerettes n'existent presque plus. Mais d'où diable viennent donc ces modes nouvelles ?

g 8 LA CHANSON DU CIDRE

Et vos coiffes, hélas^ — des merveilles de goût, —

Dites, barbares que vous étes^ Qu'en fait-on? Il vaut mieux n'en rien garder du tout,

Que cette loque sur vos têtes.

Le soulier découvert sied bien aux jolis bas

Des Jeannettes et des Surannés, Mais la bottine fin de siècle ne va pas

Avec vos jupes paysannes.

Revene\^ revene:[ aux modes du vieux temps,

Qui faisaient si belles vos mères.

Aux merveilleux atours^ plus beaux, plus éclatants

Que ces nouveautés éphémères.

Vous avie:{ peur^ jadis, des modes de Satan :

C'était bon pour les courtisanes.

Revenei, revenez aux costumes d'antan,

Vous^ les très nobles Paysannes.

Belles, redevenez Bretonnes comme avant ^

Comme au joli temps de « Marie ».

Prene^ garde au Progrès l Car le Progrès, souvent,

Est bien près de la Barbarie.

SAMM-AR-LAOU, LE POUILLEUX

SAMM'AR'LAOUlo, LE TOUILLEUX

IL va, le pauvre Samm, toujours seul y toujours sombre^ Idiot ^ abêti, le cœur mort, V œil plein d'ombre. Quel est son âge? A-t-il trente ans ? A-t-il cent ans ? Nul ne sait. Moi, je crois quil fut vieux de tout temps. Au seuil de chaque porte ^ ouverte sur sa route ^ Il marmotte un pater, pour gagner une croûte, Juif-errant éternel^ il va^ par le chemin, Son bissac sur V épaule, et son bâton en main, Mâchonnant son pain noir^ comme un bœuf qui rumine.

Hélas! rongé de poux, de gale^ et de vermine^ Il n a point de repos, le pauvre Samm-ar-Laou ! Car c'est peu d'avoir faim, de coucher n'importe où; De grelotter^ l'hiver, la nuit, dans une crèche,

(i) En breton de Cornouaillcs, « samm » veut dire charge, faix, « ar-laou » de poux, faix de poux.

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Où l'on s' endort y le ne\ sur la paille pas fr^aîche^

A rheure où le sourd jaune, et le visqueux crapaud

Viennent, glaireusement, vous ramper sur la peau.

C'est peu de s^ empiffrer , dans une écuelle immonde^

De restes répugnants^ laissés par tout le monde,

Laj^d rance, pain moisi^ lait sur, hideux repas

Dont les chiens des messieurs bourgeois ne voudraient pas»

Cest peu d'être écharpé par la dent meurtrière

Des dogues furibonds vous happant le derrière,

La faim, le froid, le chaud ^ la peur, la dent du chien,

L'écolier, — pire encor, — tous ces maux ne sont rien.

Ce qui fait son malheur, sans relâche, et sans terme,

Cest le fourmillement qui lui cuit l'épiderme ;

Cest l'Armée en travail qui court, sous ses haillons,

Lui sillonnant le corps de ses noirs bataillons,..

Qu'il chôme, ou qu'il voyage, ou qu'il dorme, ou qu'il mange.

Debout, assis^ couché, tout cela le démange.

En vain il se secoue, et, de son poing velu,

Il frappe^ à tour de bras, son crâne chevelu :

Quand la tête est en paix, il a le dos qui grouille.

Alors, il jette à bas son sac. Il se dépouille.

La tête en nage, l'œil en feu, les doigts en sang,

Furieux^ enragé de se voir impuissant.

Il cherche un angle dur, un tronc d arbre, une porte,

Pour écraser dans l'œuf la vermine qu'il porte.

— Ave\-vous vu, Fêté, les vaches souffreteuses,

Chercher les coins ombreux, et là, toutes honteuses^

LA CHANSON DU CIDRE io3

La peau sale, le poil jauni par le fumier,

Se mettre en sang l'échiné, au tronc d'un vieux pommier ? —

Ainsi fait Samm, Il geint. Il grogne. Il se lamente. Sa peau fume. Son dos saigne. Et son mal augmente. Hign ! Hangnl II a beau faire, il a beau se frotter, Suer, souffler, souffrir, se meurtrir, se heurte?^ Rien ne peut attendrir les cruels garnisaires...

Et le jour oii la Mort finira ses misères, La Mort^ qui vient à bout des plus fiers Conquérants, Pourra^ seule, arrêter le flot des poux errants Qui n iront plus troubler, dans son coin solitaire, Le repos du Pouilleux^ endormi sous la terre.

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