‹ La chanson du pauvreChapitre 16 sur 82 · LA MAISON · texte numérisé non relu

LA MAISON

Adieu, pauvre réduit, toi qui fus la niaison. C'est de ton humble seuil ouvert sur la nature, Que mon premier reg-ard découvrit Thorizon. C'est là que j'entendis, pour la première fois, La chanson des oiseaux et le profond murmure Des vents à travers les bois.

C'est là que le soleil, éclairant mes paupières, Fit tomber dans mes veux sa première lumière.

Quand ta porte s'ouvrit devant mes premiers pas^ Mon instinct fut de fuir de l'ombre vers la vie. La route tentatrice et si souvent suivie M'entraînait doucement vers l'inconnu, là-bas, Vers la forêt pensive et propice au mystère, Vers le marais tragique où jaillissaient de l'eau, En des éclairs d'argent, des carpes centenaires.

0 monde de silence et d apre solitude,

Où le vent qui se plaint, où le chant des oiseaux,

Où le g"alop furtif des bctes fug-ilives

Et le roucoulement des colombes plaintives,

Où tous les bruits et tous les pas

Sont du silence encore et de la solitude.

Après-midis d'Août que je n'oublierai pas,

Quand, loin de la maison, oublieux de l'école,

Parmi les bêtes et les fleurs et les oiseaux qui volent,

Ivre de bon soleil, éperdu de nature,

Je sentais vivre, en moi, les mille créatures

Dont le seul instinct est de vivre et d'être heureux.

Adieu, monde entrevu, monde d'enfant, adieu.

Les rêves puérils sont encore en mon ûmc

Et si mon bras est fort, mon cœur n'est qu'un enfant;

Mais, dans notre maison, une ûpre et dure femme,

Qu'on nomme la misère, a passé ce matin.

Il faut plier l'échinc et chang-cr de chemin.

Avant que le solcd ne monte dans l'espace. Avec un bruit d'orgueil, de haine et de menace,

LA CHANSON DU PAUVKi;

J'entendrai se fermer une grille de fer. Je serai dans l'usine où se tord et se broie, Parmi des hurlements et des flammes d'enfer, La vie et la pitié, l'espérance et la joie.

Il fera soir et noir, dans la rue et moi-même, Quand l'heure sonnoi^a de rentrer au log-is... Pour voir et pour aimer les êtres qui les aiment Les malheureux n'ont que la nuit.

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