SOIR DE LUNE
C'était au déclin de mon cœur...
Les ombres d'un soir de Décembre
Envahissaient la chambre De leur lente et furtive douleur.
Il fallut que la lampe amie, De sa distrayante clarté, Réveillât mon âme endormie
Dans les r.^grets...
JMais alors, douloureux mirage !
Les souvenirs ressuscites, Prenant la robe et le visage
De la réalité ; La peur des misères nouvelles Qui, peut-être, attendent leur tour
Et qui seront, un jour, La part que nous g-ardc la vie; Par tous les chemins vers mon cœur, Ceux de l'amour, ceux du malheur, Des quatre coins de l'horizon Se ruèrent vers ma maison,
C'étaient des pauvres de toutes sortes, Comme on en voit aux seuils des portes ; Les uns qui venaient d'Autrefois, Succombaient sous la charg-c importune
D'un lourd manteau de roi
Que frangeait l'infortune !
Et les autres, ceux de demain.
De l'Inconnu toujours avides,
Etaient partis de grand matin,
Le sac et la besace vides.
Et tous étaient là, maintenant, Nombreux et turbulents
Comme les feuilles dans le vent...
Il en venait sans fin ; il en venait sans trôvc. ..
J'avais voulu voir, j'avais vu!
La vérité ne valait pas le rêve
Quelque triste qu'il fût!
J'éteignis celte lampe de deuil Qui m'avait appelé tant d'hôtes sur le seuil ! 0 mirag-e ! Sa lumière M'avait empêché de voir
Que la lune, montant dans le soir, Inondait de pardon ma chambre tout entière!
0 miracle de paix en moi-même !
Mon cœur était encore inondé de clarté! Mais d'une clarté douce, immensément sereine,
De sag-esse et de bonté.
LA CUANSON DU PAUVRE Oq