LA MORT OUI PASSE
Par ce minuit d'hiver et de deuil, La mort s'en va par le village, Secouant ses sabots au seuil de nos maisons ; Et c'est Noël sur son passag-e.
La neig-e tombe, comme les années, Lente, silencieuse et patiente, Et la mort va, par le village,
Sans savoir où, Marquant, au gré de son passage, D'un geste fatidique et fou, L'une ou l'autre de nos maisons.
Et c'est la mort qui passe, Ivre, dans la nuit.
Et les aïeules de la misère, Par ce long' soir de neige et de deuil, Semblent attendre et parfois entendre Un passant inconnu s'arrêter sur le seuil. Mais le vent a passé dans les branches qui g-eignent; Dans les âmes en deuil et dans les cœurs qui saignent, Comme des cors lointains, voilà les souvenirs ! Ils viennent au g-alop à travers les années ; Et les plaintes d'antan, les peines surannées. La meute des douleurs aboie au souvenir ; C'est la chasse qui passe I Et les voici venir, En robes de soie, Les amoureuses et les joies !
Voici le roi ! Voici toute la chasse Qui sonne dans les cors l'hallali de l'amour!
Mais la chasse soudain s'arrête au carrefour! Tout le monde se rang-e et fait place. Et fait le signe de la croix...
Et c'est la mort qui passe Sur ses sabots de bois.