POISSON D'AVRIL
Je ne sais dans quel lac tu frétillas longtemps, Qui t'envoya soudain augmenter ma friture, Tendre petit poisson de la bonne nature,
Avec ton bec oval et tes beaux veux charmants.
Notre rive sereine, ici n'a rien de bon !
Pourquoi done y viens-tu pendant que le carême Nous semble long d'un siècle, interminable même ?
Serait-ce pour narguer notre pauvre raison ?
Ecoute mon discours, et loin, vers d'autres bords Plus cléments à la vie, éloigne-toi, sois sage Oui, va, cache ton nom et cache ton visage :
Ils pourraient bien un jour se livrer aux hasards.
Je ne veux rien savoir, car tu me plais ainsi,
Concevant l'idéal à qui tout bas je rêve.
Va, cher petit poisson, nage, nage sans trêve,
L'illusion est courte et fait place à l'ennui.
Voyageur trop discret, surtout fort étranger, Je désire pourtant prolonger ta venue.
Mais, je n'ai rien qui vaille, et, ma lèvre décue
Ne saurait que t'offrir son parfum, son baiser.
Prends-le tout sans remords, oh ! prends-le sans regret ! Porte-lui pour qu'il meure où mourut ma folie, Car dans la paix du soir ma morne réverie
N'aura pour tout linceul que son triste secret.