‹ La chanson du paysan [microforme]Chapitre 66 sur 73 · A MA LYRE · texte numérisé non relu

A MA LYRE

Allez, mes vers, allez, dites partout ma peine, Et dépeignez mon cœur brisé par le chagrin :

J'ai vécu l'heure brève où la coupe trop pleine

Déborde, et maintenant je suis seul, sans soutien.

Né pour aimer, souffrir, voilà mon existence. J'ai souffert par amour, j'ai versé bien des pleurs ; Personne n'écouta mes chants vains d'espérance,

Nul rêve vint parfois dissiper mes douleurs.

J'ai méprisé les lois, j'ai ri de la constance, J'ai douté du bonheur et méconnu l'amour.

Aussi, je sens en moi fermenter la vengeance,

Lorsque je vois mourir mes désirs tour à tour.

LA CHANSON pt PAYSAN

Et je ne pourrai plus aller levant ln tête Que la fuite des ans blanchit

. Sans un regret, €

ar, par le vent meurtri dans l'affreuse tempête,

Le pin déraciné, de vivre n'a plus droit

Allez,

mes vers, allez, chantez haut ma tristesse,

Chantez de l'être humain le besoin de purdon. Hélas L

nos Maux cachés, dans leur simple sagesse,

Ne sauraient nous donner plus pratique leçon.

Je suis l'apôtre ami de la misère humaine.

Le débile conteur en proie au noir hasard :

Mes vers sont des sanglots, ma muse une fontaine,

Où tout passant y boit à genoux sur le bord.

Aux ronces du chemin. chaque jour, sans partage, Tel un frileux agneau laisse de sa toison, Tel un arbre à l'automne un peu de son feuillage,

A ma lyre je voue un reste de raison.

tm

Frères, ne suivez pas les routes trop connues, Tracez-vous dans la vie un sentier ignoré, Car, seul le Créateur doit étendre ses vues

Sur l'ombre du présent et l'oubli du passé.

Bien rares sont les soirs sans leurre ni chimère ! Il faut se résigner, et, malgré qu'on est las, Marcher toujours gaiement ayant pour but : la gloire :

La gloire est le génie, et ne s'efface pas !

Sous son voile flottant, que de peuples sublimes, Ont ciselé dans l'or ce mot révélateur.

ë Mot fécond à la fois d'insondables abtmes,

De généreux efforts, de vaillance et d’ardeur.

Mais à quoi bon le dire à mon âme en démence, Elle qui ne croit plus au bonheur ici-bas !

Taisons-nous ! Taisons-nous ! à chacun sa souffrance,

À chacun la misère attachée à ses pas !

pe ere tree me nn Nues |:

Que vous êtes heureux, petits nids artistiques Cachés sous ln ramure où dans les fruis gazons, Le ciel a mis en vous mille accents magnifiques ;

Vous versez votre amour jusqu'au fond des vallons.

Or, nous, hommes ingrats, pauvre amas de poussière Notre corps au cercueil chemine avec le temps :

De la glèbe tirés nous redeviendrons terre,

C'est là que finiront nos pleurs et nos tourments.

C'est pourquoi si la mort se décide à me prendre,

Je dormirai, content, en un coin oublié,

Loin du monde jaloux n'ayant pas su comprendre

Ceiui qui fut enfant de son sein rejeté !

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